Devant l'œuvre
Faites suivre le jet de sang, de la plaie du Christ au crâne de Cranach : tout le sens protestant est dans ce trait rouge. Nommez les trois figures de droite. Rappelez que le vieux Cranach a commencé l'œuvre à plus de 80 ans et qu'il est mort en 1553, son fils achevant le triptyque en 1555. Les volets portent les portraits de Jean-Frédéric le Magnanime et des siens : c'est aussi une épitaphe princière.
Histoire de l'art — Contexte & Singularité
Pièce maîtresse de l'art de la Réforme, le retable scelle la collaboration d'une dynastie : le père conçoit et commence, le fils achève. Il fixe, pour des générations d'églises luthériennes, le type du grand tableau d'autel « prédicateur », où la peinture sert la doctrine et non plus le culte des saints.
Symbolisme & lecture iconographique
Le tableau met en images la doctrine centrale de la Réforme, la justification par la foi seule : le sang du Christ atteint directement le croyant, sans intercesseur, sans prêtre. Luther, la Bible ouverte, montre du doigt le texte : c'est la Parole, et elle seule, qui sauve.
Analyse des émotions
La scène, grave et frontale, ne cherche pas le pathos mais la certitude. Le visiteur est placé du même côté que Cranach : c'est sur lui aussi que le sang coule. L'émotion naît de cette inclusion — le tableau ne raconte pas, il interpelle.
Secrets & mystères
À droite de la croix, trois hommes se tiennent côte à côte : Jean-Baptiste, Lucas Cranach l'Ancien — qui s'est représenté lui-même —, et Martin Luther. Un jet de sang jaillit du flanc du Christ et frappe la tête du peintre : l'artiste se peint en pécheur sauvé, devant tous. C'est l'un des autoportraits les plus théologiques de la Renaissance.
Le saviez-vous ?
Lucas Cranach l'Ancien suivit son prince déchu, Jean-Frédéric, dans l'exil de Weimar après la défaite de la Ligue de Smalkalde (1547). Le retable fut sa dernière grande œuvre, fidélité d'un peintre de cour à un maître vaincu.
