Devant l'œuvre
Lisez le retable comme un mode d'emploi de l'Église réformée : volet gauche le baptême, volet droit la confession, centre la Cène, prédelle la prédication. Montrez Luther en apôtre dans la Cène, puis Luther en prédicateur reliant le peuple au Christ crucifié. Insistez : ce sont des portraits de contemporains, non des saints.
Histoire de l'art — Contexte & Singularité
Installé en 1547, l'année de la défaite de Mühlberg, le retable est le premier grand programme visuel entièrement pensé pour le culte luthérien. Cranach l'Ancien en peint l'essentiel ; son fils et l'atelier complètent face et revers. Il définit un type qui se répandra dans toute l'Allemagne protestante.
Symbolisme & lecture iconographique
Les quatre panneaux figurent la vie de la communauté réformée réduite à ses actes essentiels : la Cène (le sacrement partagé), le baptême, la confession et la prédication. Les sacrements réduits par Luther à ce qui est institué par le Christ sont ici donnés à voir, non plus comme mystères, mais comme gestes de la communauté.
Analyse des émotions
Pas de drame céleste : des gestes humains, familiers, presque quotidiens. L'émotion tient à la proximité — ces visages sont ceux de Wittenberg, et le fidèle du XVIᵉ siècle se reconnaissait dans l'assemblée peinte. La foi y paraît habitable.
Secrets & mystères
Au centre, dans la Cène, un des apôtres a les traits de Luther sous les habits du chevalier « Georg » (son déguisement de la Wartburg) ; un échanson lui tend une coupe, qui pourrait être Cranach le Jeune. Dans la prédelle, Luther prêche depuis la chaire : d'un côté, l'assemblée — dont Katharina von Bora, son épouse — ; de l'autre, le Christ en croix, vers lequel pointe sa main. La Parole relie les deux.
Le saviez-vous ?
Dans la prédelle, parmi les auditeurs de Luther, on reconnaît sa femme Katharina et une petite fille, souvent identifiée à leur fille Magdalena, morte jeune : une église qui fait place à la famille du réformateur, elle-même symbole du presbytère protestant naissant.
