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Les Femmes d'Alger dans leur appartement (ou esquisse pour Les Femmes d'Alger)

Peinture

Les Femmes d'Alger dans leur appartement (ou esquisse pour Les Femmes d'Alger)

Eugène Delacroix (Charenton-Saint-Maurice, 1798–Paris, 1863)

v. 1847–1849·Musée Fabre
Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Le musée Fabre conserve sept tableaux de Delacroix — l'un des fonds Delacroix les plus importants de France hors Paris. Parmi eux, une version des Femmes d'Alger — le sujet qui fascina Delacroix après son voyage en Afrique du Nord en 1832. Il avait pu pénétrer dans un harem à Alger grâce à des relations diplomatiques, et avait fait des croquis rapides de ce monde interdit aux hommes. Les versions peintes ensuite (la grande version de 1834 est au Louvre) représentent des femmes algériennes dans leur appartement privé — assises sur des coussins, fumant, dans la douceur de la lumière intérieure. C'est une image de l'Orient rêvé, sensuel et intime.

Symbolisme & lecture iconographique

L'intérieur féminin oriental dans la peinture européenne du XIXe siècle est un espace fantasmé — le harem comme métaphore de l'inaccessible, de la femme enfermée et donc disponible au regard. Delacroix représente cet espace avec une chaleur coloristique qui dit le désir du peintre pour ce monde interdit.

Analyse des émotions

Les Femmes d'Alger créent une atmosphère de luxe et de langueur — la lumière filtrée, les tissus précieux, les corps détendus. C'est la représentation d'un monde privé auquel l'Occidental n'a normalement pas accès — et cette transgression du regard crée une tension entre l'intimité représentée et le regard extérieur qui la contemple.

Secrets & mystères

Le voyage de Delacroix en Afrique du Nord (Maroc et Algérie, 1832) transforma sa palette et son iconographie. Il revint avec des carnets de croquis et de notes d'une richesse extraordinaire — aujourd'hui au Louvre — qui documentent les couleurs, les visages, les vêtements, l'architecture du monde maghrébin. Ces carnets nourrirent son œuvre pendant trente ans. Mais la vision de Delacroix reste celle d'un Français du XIXe siècle : il représente l'Orient comme un monde de beauté et de passivité, sans en voir les contradictions politiques (la conquête de l'Algérie par la France avait commencé en 1830).

Le saviez-vous ?

Picasso répondit à Delacroix 113 ans plus tard — en peignant entre 1954 et 1955 sa série de 15 variations sur Les Femmes d'Alger dans leur appartement (dont la version O, vendue aux enchères en 2015 pour 179 millions de dollars). Ce dialogue entre Picasso et Delacroix dit la filiation entre le cubisme et le romantisme — deux révolutions stylistiques séparées d'un siècle.

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