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L'Aventurière

Peinture

L'Aventurière

Antoine Watteau (Valenciennes, 1684–Nogent-sur-Marne, 1721)

Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Ce second Watteau, L'Aventurière, est le pendant de L'Enchanteur. Une femme seule — l'aventurière — dans un espace ouvert, dans une pose qui dit à la fois la liberté et la légèreté. Watteau représente ses figures féminines avec une attention particulière à leurs dos, à leurs nuques, à leurs profils — jamais de face, toujours dans une position qui dit le mouvement arrêté, la présence fugace. Ces deux Watteau constituent un couple unique dans les collections françaises de province — l'ensemble Watteau de Troyes est rare.

Symbolisme & lecture iconographique

L'aventurière est, dans la culture du XVIIIe siècle, une figure ambivalente — la femme qui s'affranchit des conventions peut être une héroïne ou une mauvaise femme selon le point de vue. Watteau ne juge pas — il représente.

Analyse des émotions

L'Aventurière dit la liberté de la femme qui voyage, qui s'aventure, qui ne suit pas les règles ordinaires. Dans le contexte du XVIIIe siècle, cette figure est à la fois une figure de liberté imaginaire (la femme réelle n'était guère libre) et une figure romanesque (la femme d'aventure des romans picaresques).

Secrets & mystères

Philibert Orry (1689–1747), le collecteur du château de La Chapelle-Godefroy, fut l'un des grands mécènes de la peinture française du XVIIIe siècle — il commandita directement 16 tableaux à Natoire pour décorer son château, et posséda ces deux Watteau. Quand il mourut en 1747, sa collection passa à ses héritiers. En 1792, ses descendants émigrèrent à la Révolution — et leurs biens furent saisis. Ces deux Watteau, achetés peut-être directement à l'artiste ou sur le marché parisien des années 1710, se retrouvèrent à Troyes par ce circuit inattendu.

Le saviez-vous ?

Troyes possède ainsi les deux seuls Watteau de province française — et ils arrivèrent tous deux de la même saisie révolutionnaire. Sans la Révolution et la saisie de La Chapelle-Godefroy, ces tableaux seraient peut-être dans une collection britannique (les Britanniques achetèrent massivement les Watteau au XIXe siècle). Le hasard révolutionnaire fit de Troyes un haut lieu watteauesque.

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