Devant l'œuvre
Ce tableau est l'icône absolue du musée — ce que les Strasbourgeois appellent affectueusement leur 'Joconde'. Il représente une jeune femme élégante vêtue en costume strasbourgeois traditionnel du temps de Louis XIV : une toque de velours noir, un corsage de satin blanc à manchettes de dentelle, une coiffe alsacienne. Elle tient dans ses bras un épagneul Cavalier King Charles — race de chien noble et aristocratique. Son regard est direct, son expression légèrement souriante, son attitude assurée. C'est une Strasbourgeoise de la grande bourgeoisie de 1703, représentée avec tous les attributs de sa prospérité et de sa fierté régionale.
Symbolisme & lecture iconographique
Le costume traditionnel strasbourgeois que porte la femme — encore porté en 1703 dans la haute bourgeoisie de la ville — dit l'attachement des Strasbourgeois à leur identité régionale. Strasbourg avait été annexée par Louis XIV en 1681 (22 ans avant ce portrait) — et la bourgeoisie strasbourgeoise conservait ses traditions vestimentaires comme signe de continuité identitaire face à la francisation progressive.
Analyse des émotions
Ce portrait irradie une confiance en soi et une joie de vivre qui sont communicatives. Cette femme se sait belle, se sait bien habillée, se sait dans la prospérité — et elle le montre sans arrogance mais avec une fierté naturelle. C'est un portrait de bonheur bourgeois assumé.
Secrets & mystères
L'identité de la femme représentée est inconnue — elle est entrée dans l'histoire de l'art anonyme, 'la Belle Strasbourgeoise' sans nom ni histoire documentée. Plusieurs familles bourgeoises de Strasbourg ont revendiqué être les descendants de ce modèle, sans preuve. Largillière, le grand portraitiste de la bourgeoisie française sous Louis XIV et la Régence, visita Strasbourg en 1703 et peint sans doute cette femme lors de ce séjour. Son identité reste un mystère — et c'est peut-être ce mystère qui fait une partie de son charme.
Le saviez-vous ?
Largillière avait séjourné en Angleterre dans sa jeunesse — dans l'atelier de Sir Peter Lely, portraitiste de la cour d'Angleterre. Cette formation anglaise lui donna une technique particulière pour rendre les textures des vêtements (soie, satin, dentelle, velours) qui est spectaculaire dans La Belle Strasbourgeoise. La dentelle et le satin du costume de la femme sont peints avec une virtuosité tactile qui rivalise avec les meilleurs portraitistes flamands.

