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La Vierge à l'Enfant avec deux anges, Sandro Botticelli

✦ Peinture ✦

La Vierge à l'Enfant avec deux anges

Sandro Botticelli

Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Ce panneau de Botticelli représente la Vierge avec l'Enfant Jésus soutenu par deux anges — une composition caractéristique de la production de l'atelier botticellien pour le marché de la dévotion privée florentine des années 1490. Botticelli était alors dans sa période tardive — après la commande du Printemps et la Naissance de Vénus, après les grandes compositions mythologiques qui firent sa gloire, il revenait à des compositions plus intimes et plus dévotes. L'influence du moine Savonarole (qui prêchait à Florence depuis 1492) se fait sentir dans ces Vierges plus austères que les œuvres de jeunesse.

Symbolisme & lecture iconographique

Les deux anges qui soutiennent l'Enfant Jésus dans cette composition sont une image de la garde divine — l'Enfant, incarnation du Dieu tout-puissant, a néanmoins besoin d'être soutenu dans sa faiblesse humaine. Cette tension entre la toute-puissance divine et la vulnérabilité de l'incarnation est au cœur de la théologie chrétienne.

Analyse des émotions

Les Vierges tardives de Botticelli ont une mélancolie particulière que ses œuvres de jeunesse n'ont pas. La Naissance de Vénus et le Printemps sont des œuvres de joie et d'allégresse — ces petites Vierges des années 1490 sont plus sombres, plus intériorisées. On sent le poids de la prédication de Savonarole dans le regard de la Vierge.

Secrets & mystères

Ce tableau entra dans les collections du musée en 1908 par un legs — l'un des enrichissements de l'ère Bode qui transforma le musée strasbourgeois d'une collection provinciale modeste en ensemble de premier rang. L'attribution à Botticelli lui-même (et non à son atelier) reste discutée pour plusieurs des petites Vierges de ce type — la production de l'atelier était abondante et la distinction entre la main du maître et celle de ses assistants difficile à établir.

Le saviez-vous ?

Botticelli vécut les dernières années de sa vie dans un dénuement relatif — ses grandes commandes allégoriques étaient passées de mode, et la prédication savonarolienne avait détruit une partie du marché pour la peinture mythologique. On dit qu'il brûla lui-même plusieurs de ses tableaux 'impudiques' lors du 'bûcher des vanités' de 1497. Il mourut en 1510, presque oublié, dans une Florence qui préférait déjà Léonard de Vinci et Michel-Ange.

Sources

  1. 1.Musée des Beaux-Arts de Strasbourg
  2. 2.Web Gallery of Art

Le peintre

Sandro Botticelli

Sandro Botticelli

1445-1510

Peintre

Rôle : Peintre florentin de la grâce et du mythe

Il y a une note de musique dans chaque ligne de Botticelli. Né Alessandro Filipepi vers 1445 dans une Florence en pleine effervescence, formé auprès de Filippo Lippi puis nourri de l'atmosphère de l'atelier de Verrocchio, il invente une manière que nul n'imitera vraiment : un dessin qui chante, un contour souple et mélodieux qui fait onduler les chevelures, flotter les voiles et danser les corps. Sa grâce n'est pas mièvre — elle est pensée, portée par une intelligence de la ligne qui donne à ses figures cette légèreté surnaturelle, comme si elles pesaient un peu moins que nous.

Son audace, elle, est immense. Peintre choyé du cercle des Médicis — de Laurent le Magnifique à Lorenzo di Pierfrancesco —, Botticelli ose ce que personne n'avait osé : ressusciter les dieux païens grandeur nature, en pleine cité chrétienne. La Primaveraet laNaissance de Vénus déploient des divinités antiques, des nus mythologiques profanes, un printemps de déesses, à une échelle réservée jusque-là aux saints et aux Vierges. C'est un coup de génie et un coup d'éclat : la beauté du monde, la fable et le désir installés au cœur de l'art, avec une gravité neuve.

Derrière cette limpidité couve une profondeur : la poésie néoplatonicienne de son temps, cette idée que la beauté visible est l'échelon vers une beauté supérieure. Ses Vénus sourient à peine, ses printemps ont un voile de mélancolie ; on dirait des joies qui se souviennent d'être fragiles. Cette tension — la fête et le regret dans le même geste — est précisément ce qui nous parle encore.

Sa réputation le porte au sommet : appelé à Rome, il compte parmi les maîtres qui peignent les fresques des murs de la chapelle Sixtine. À ce moment, Botticelli est l'un des grands noms de l'Italie. La suite fut plus âpre — gagné sur le tard par la prédication ardente de Savonarole et ses « bûchers des vanités », sa manière devint plus austère, puis démodée à mesure que montaient Léonard et Raphaël ; il finit pauvre et un peu oublié. Mais l'ombre ici n'efface rien : quatre siècles plus tard, sa ligne intacte allait renaître avec fracas.

Origine : Florence

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