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Jupiter et Europe (ou Enlèvement d'Europe)

Peinture

Jupiter et Europe (ou Enlèvement d'Europe)

École de Fontainebleau (premier ordre, atelier non identifié)

Devant l'œuvre

Ces six panneaux en dépôt du Louvre représentent des scènes mythologiques de l'histoire de Jupiter et d'Europe — un cycle complet de la séduction, de l'enlèvement et des suites de leur union. Ce type de décor mythologique en plusieurs panneaux était courant dans les appartements royaux et princiers de la France du XVIe siècle : une iconographie savante et légèrement érotique qui affichait la culture humaniste du propriétaire tout en ornant les murs d'images agréables. Le style gracieux et les proportions allongées sont caractéristiques du premier cercle de Fontainebleau.

Symbolisme & lecture iconographique

Le mythe de Jupiter et Europe est fondateur au sens littéral : Europe, fille du roi de Phénicie, fut enlevée vers la Crète où elle donna naissance à Minos (roi de Crète), Rhadamanthe et Sarpédon — les fondateurs de la civilisation méditerranéenne. Son nom fut donné au continent. Peindre ce mythe dans un château royal français, c'est inscrire la France dans la généalogie de la civilisation occidentale.

Analyse des émotions

Les scènes mythologiques érotisées de la première école de Fontainebleau sont des œuvres d'une légèreté volontaire — elles ne cherchent pas à émouvoir mais à charmer. La grâce des corps, la fluidité des poses, l'élégance des drapés : tout dit le plaisir esthétique sans tension morale. C'est un art de l'otium — du loisir éclairé des humanistes.

Secrets & mystères

Ces panneaux sont des 'MNR' — des récupérations de biens spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale (Musées Nationaux Récupération). Saisis en Allemagne après la guerre parmi les œuvres volées par les Nazis dans les collections françaises ou européennes, leur provenance exacte avant 1939 n'a pas été entièrement établie. C'est un statut juridique et moral complexe : ces tableaux appartiennent à l'État français mais leurs propriétaires d'origine n'ont pas été identifiés.

Le saviez-vous ?

Le statut de 'MNR' de ces tableaux les rend théoriquement restituables à leurs ayants droit d'origine si ceux-ci se manifestent. La France a restituable des centaines d'œuvres saisies pendant l'Occupation — mais l'identification des propriétaires originaux est souvent impossible faute de documents. Ces panneaux restent donc en dépôt au musée de Blois, dans une situation juridique suspendue.