Le peintre
William Scrots
Rôle : Peintre de cour
Les dates de naissance et de mort de William Scrots demeurent inconnues : on ne le saisit qu'a travers sa carriere, actif v.1537-1553. Sa premiere trace documentee remonte a 1537, quand il est nomme peintre de cour de Marie de Hongrie, regente des Pays-Bas. C'est donc un artiste deja etabli sur le continent, impregne du manierisme neerlandais, qui passe en Angleterre.
En 1546, il succede a Hans Holbein comme peintre du roi Henri VIII, avec des gages considerables de 62 livres 10 shillings par an, soit plus du double de ce que touchait Holbein. Ce traitement exceptionnel dit l'estime dont il jouissait. A la mort d'Henri en 1547, il est maintenu au service de son fils et successeur, le jeune Edouard VI.
Scrots apporte a la cour anglaise une maniere radicalement neuve. La ou Holbein cherchait la verite sobre du visage, Scrots deploie l'elegance allongee et l'artifice du manierisme venu de Florence par la France et les Pays-Bas. On lui doit l'introduction en Angleterre du portrait en pied, format d'apparat qui s'imposera durablement : ses effigies d'Edouard VI en pied fixent l'image du souverain enfant. Son portrait de Henry Howard, comte de Surrey, rompt spectaculairement avec le modele holbeinien par son decor allegorique et sa composition savante.
Sa piece la plus celebre reste le portrait anamorphique d'Edouard VI (1546), prouesse d'optique ou le visage du prince, peint en perspective distordue, ne se recompose qu'a condition de regarder le panneau de cote. L'exercice, plus demonstration de virtuosite que recherche de ressemblance, visait a etonner le spectateur et a exhiber la maitrise du peintre ; il signa discretement le cadre guilhelmus pingebat.
L'ombre de cette carriere est son effacement. A la mort d'Edouard VI en 1553, ses gages cessent et il quitte vraisemblablement l'Angleterre ; on perd ensuite sa trace. Peintre de transition plus que createur d'une ecole, il laisse une oeuvre dont l'attribution reste en partie incertaine, melee a celle de son atelier, et dont l'eclat manieriste n'eut pas en Angleterre la posterite qu'il meritait. Il n'en demeure pas moins celui qui, entre Holbein et l'age elisabethain, fit entrer la cour anglaise dans la grande maniere continentale.
Origine : Pays-Bas (origine flamande/neerlandaise)
