HitsMap
La Dame de charité

Peinture

La Dame de charité

Jean-Baptiste Greuze (Tournus, 1725–Paris, 1805)

Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Greuze est le peintre de la vertu bourgeoise et des scènes de genre moralisatrices du XVIIIe siècle — le peintre que Diderot adorait, qui représentait des scènes de famille touchantes, des pères mourants entourés de leurs enfants, des jeunes filles pudiques. Cette Dame de charité représente une femme élégante qui visite des pauvres et leur apporte secours — une scène typique de la morale philanthropique des Lumières : la bienfaisance comme vertu sociale et individuelle.

Symbolisme & lecture iconographique

La charité comme vertu individuelle (une dame qui aide des pauvres) est distincte de la charité comme politique sociale (l'État qui s'occupe des pauvres). Ce tableau de Greuze dit la version XVIIIe siècle philanthropique — la vertu privée comme remède aux injustices sociales. Rousseau et les physiocrates pensaient la société autrement, mais Greuze représente l'idéal de son public bourgeois.

Analyse des émotions

Les tableaux de Greuze fonctionnent sur l'empathie — ils cherchent à émouvoir, à attendrir, à provoquer la vertu par le sentiment. Cette Dame de charité nous invite à nous identifier à la bienfaitrice — et donc à devenir nous-mêmes bienfaisants. C'est une peinture moralisatrice qui dit : voilà comment il faut se comporter.

Secrets & mystères

Greuze fut longtemps le peintre le plus célèbre de France — ses tableaux se vendaient à prix d'or, Diderot lui consacrait des pages enthousiastes dans ses Salons. Puis la Révolution et le néo-classicisme de David l'effacèrent complètement. Il mourut en 1805 dans une quasi-misère, oublié du public qui l'avait adoré. Sa réputation ne se rétablit que progressivement au XXe siècle — mais il reste un peintre de second plan dans les histoires de l'art, victime de la violence des changements de goût.

Le saviez-vous ?

Greuze essaya en 1769 de passer de la catégorie 'peintre de genre' à celle de 'peintre d'histoire' — la catégorie la plus prestigieuse selon la hiérarchie académique française. Il soumit pour cela un tableau d'histoire antique à l'Académie royale, Septime Sévère reprochant à Caracalla d'avoir voulu l'assassiner. Les académiciens l'admirèrent — mais le maintinrent dans la catégorie 'peintre de genre'. Cette décision humilia Greuze qui rompit avec l'Académie et refusa d'exposer aux Salons officiels pendant 20 ans.

À voir aussi