Le peintre
George Gower
Rôle : Serjeant Painter d'Élisabeth Iʳᵉ
Un gentilhomme devenu peintre
George Gower descend de la petite noblesse : il est le petit-fils de Sir John Gower de Stittenham, dans le Yorkshire. Chose rare à l'époque, un homme de bonne naissance qui tient le pinceau. Dans son autoportrait de 1579, il met en balance, sur une paire de plateaux, son blason d'un côté et ses outils de peintre de l'autre — et ce sont les pinceaux qui l'emportent. L'audace est là, affichée : revendiquer que le talent vaut le sang.
Serjeant Painter
En 1581, il est nommé Serjeant Painter de la reine, charge officielle qui fait de lui le peintre en titre de la cour. Sa fonction déborde le portrait : décors, armoiries, dorures, chars de fête en relèvent aussi. Surtout, à partir de cette date et jusqu'à sa mort, il a autorité pour approuver les portraits de la reine produits par les autres artistes — un contrôle de l'image royale sans précédent.
L'image d'une reine
Ses portraits d'Élisabeth, comme le Plimpton Sieve Portrait de 1579 où la reine tient un tamis, emblème de chasteté emprunté à la vestale romaine, font d'elle une icône politique bien plus qu'un simple visage. Gower habille la souveraine de symboles et fixe les codes d'une majesté. Ses premiers portraits datés, le couple de Sir Thomas Kytson et de son épouse peint en 1573, montraient déjà un œil attentif aux étoffes, aux bijoux, à tout ce que le costume dit d'un rang : c'est ce goût du faste tangible qu'il mettra au service de la reine.
Les contours flous d'une gloire
Sa réputation moderne a pourtant vacillé. Le célèbre Armada Portrait, longtemps donné pour son chef-d'œuvre, est aujourd'hui rendu à des mains anonymes, et l'on sait peu de sa vie, de sa formation, de sa fin en 1596. Reste un rôle décisif : avoir, le premier, organisé et normé l'effigie d'un pouvoir qui gouvernait aussi par l'image. En multipliant les versions presque identiques d'un même portrait — on connaît plusieurs exemplaires du Sieve Portrait —, il invente une forme de reproduction officielle du visage royal, modèle que l'atelier reprend et diffuse, bien avant l'ère de l'image en série.
Origine : Angleterre (famille des Gower de Stittenham, Yorkshire)
