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Jardin du Luxembourg

Parcs et Jardins

Jardin du Luxembourg

1612 (Marie de Médicis)·jardin mixte (français + anglais)·Paris 6ème·23 ha·Classé MH

Histoire

Marie de Médicis, veuve d'Henri IV et régente du royaume, déteste le Louvre — trop sombre, trop austère, trop éloigné de l'esprit florentin de son enfance. Vers 1611, elle achète à François de Luxembourg un hôtel particulier rive gauche et y lance le chantier d'un palais en 1615, confié à Salomon de Brosse, inspiré du palais Pitti de Florence. Tout autour, elle veut un jardin à l'italienne, vaste, statuaire, traversé de longues perspectives. Jacques Boyceau, futur intendant des jardins royaux, en dresse les plans dès 1612 ; l'ingénieur florentin Thomas Francine sculpte les terrasses et la grotte de la fontaine Médicis.

Le jardin évolue au fil des règnes. André Le Nôtre, en 1635, réorganise les parterres centraux dans la veine française. Sous Louis XVI, on ouvre une grande pépinière à l'ouest. La Révolution puis le Premier Empire transforment le palais en chambre haute du Parlement — il abrite aujourd'hui encore le Sénat —, ce qui sauve le jardin de toute spéculation immobilière. Sous Napoléon III, le préfet Haussmann perce la rue de Médicis et la rue Auguste-Comte, raccourcissant le parc côté sud ; protestations vives, mais l'œuvre se fait.

Le Luxembourg devient au XIXe siècle le grand jardin des étudiants, des poètes et des promeneurs du Quartier latin. Verlaine, Baudelaire, Henry James, Gertrude Stein, Hemingway, Sartre, Beauvoir : tous fréquentent ses allées, écrivent sur ses bancs, draguent près de la fontaine. André Gide y vient à pied chaque jour. Plus largement, le jardin reste celui des familles bourgeoises, des étudiants de la Sorbonne, des enfants venus louer un voilier sur le bassin octogonal.

Récente reconnaissance : en 2022, un palmarès international le classe troisième plus beau jardin du monde, derrière les Gardens by the Bay de Singapour et le jardin Majorelle de Marrakech. Vingt-trois hectares, plus de cent statues, des terrains de tennis, un théâtre de marionnettes, un rucher pédagogique, une orangerie temporaire — un parc-monde.

À voir absolument

  • Le grand bassin octogonal au centre du jardin, où les enfants louent des voiliers miniatures à voile depuis 1927, gérés par la famille Tron de père en fils
  • La fontaine Médicis (vers 1630), grotte rocaille et statuaire de marbre, abritée sous un berceau de marronniers à l'extrémité est — l'un des coins les plus romantiques de Paris
  • Les statues des reines de France et femmes illustres, vingt sculptures de marbre alignées sur les balustrades du parterre central, commandées par Louis-Philippe en 1843
  • Le palais du Luxembourg lui-même, demeure du Sénat, dont la cour d'honneur peut être aperçue à l'extrémité nord
  • Le verger conservatoire, à l'ouest, où sont cultivées plus de quatre-vingts variétés anciennes de pommes et de poires
  • Le théâtre du Luxembourg dit théâtre des Marionnettes, depuis 1933, où Guignol joue toujours pour les enfants — séances mercredis et week-ends
  • L'orangerie, qui accueille chaque été l'art contemporain et abrite l'hiver les bigaradiers en pots, certains tricentenaires
  • Le rucher école au sud-ouest, installé en 1856, et la station météorologique parmi les plus anciennes de Paris
  • La statue de la Liberté de Bartholdi, miniature de 2,85 mètres offerte à la Ville en 1900, près du musée du Luxembourg (côté ouest)

Anecdotes & secrets

La fontaine Médicis cache un secret macabre : sa statuaire centrale représente Polyphème surprenant Acis et Galatée, sculpté par Auguste Ottin en 1866. Le cyclope, dissimulé derrière un rocher, observe les deux amants — métaphore mythologique de la jalousie meurtrière. Bien peu de promeneurs remarquent le détail, et pourtant la sculpture domine littéralement la composition.

Marie de Médicis, dans son palais, fit peindre par Rubens un cycle de vingt-quatre toiles racontant sa vie en allégories baroques. Ces tableaux ont quitté le palais en 1816 pour le Louvre, où ils occupent toujours une salle entière. Détail malicieux : la reine fit représenter sa propre naissance comme un événement quasi divin, escortée d'Apollon et de Mercure. À ce mégalomane plaisir, elle se livra avec une joie communicative.

Plusieurs anciens du jardin gardent en mémoire les pony-rides— promenades à dos de poney — qui existèrent jusqu'aux années 1990 dans une allée latérale, ainsi que le théâtre Guignol où les générations successives d'enfants parisiens ont applaudi le célèbre Lyonnais. La station météorologique installée vers 1860 a fourni les premières mesures fiables du climat parisien ; elle fonctionne toujours et appartient au réseau Météo-France. Enfin, près du verger conservatoire, sous un saule isolé, repose le souvenir d'une rencontre célèbre : Hemingway, dansParis est une fête, raconte avoir chassé là des pigeons les jours de disette — anecdote sans doute exagérée, comme tout ce qu'il écrit.

Conseils de visite

Avril-mai pour les massifs de tulipes et la floraison des marronniers ; septembre-octobre pour la lumière dorée et les expositions de photographie installées chaque automne sur les grilles côté Médicis. L'été, viser la fontaine Médicis, ombragée, ou les pelouses ouvertes au sud près du verger (les pelouses centrales restent souvent fermées). Hiver, le jardin offre une mélancolie photographique remarquable, surtout au lever du jour quand la brume s'accroche au bassin.

Un parcours conseillé : entrée par la rue Soufflot pour la perspective sur le palais, bassin octogonal, fontaine Médicis, retour par le verger, rucher et théâtre Guignol. Comptez deux heures minimum. Pour la pause, le kiosque-buvette du Luxembourg au centre fait des crêpes et boissons honnêtes ; à proximité, Café Comptoir rue d'Assas ou Polidor rue Monsieur-le-Prince (cuisine bistrot historique, Hemingway client). Jardin ouvert tous les jours de 7h30 (été) ou 8h15 (hiver) jusqu'à la tombée de la nuit. Entrée libre. Accessibilité PMR très satisfaisante.

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