Jean Fouquet et la naissance du regard français
À Tours, la Renaissance française semble encore hésiter entre deux mondes : le raffinement gothique finissant, et la nouvelle obsession pour le réalisme, la perspective et l'individu.
Le musée des Beaux-Arts conserve plusieurs œuvres essentielles pour comprendre cette transition, notamment autour de Jean Fouquet, immense peintre de cour du XVe siècle dont l'influence irrigue encore toute la Renaissance française.
Ce qui frappe ici, c'est l'émergence du visage moderne.
Les portraits cessent peu à peu d'être symboliques : les regards deviennent psychologiques, les carnations humaines, les étoffes palpables. On sent déjà naître cette fascination Renaissance pour : - l'observation, - la présence physique, - l'individu.
Le musée agit comme une antichambre du Val de Loire royal.
Après Chambord, Amboise ou Blois, Tours permet de comprendre comment les artistes français commencent à regarder autrement le réel.
Spécialité Renaissance
Jean Fouquet et la Loire des Valois — Fra Angelico, Mantegna, primitifs italiens
À voir
Au pays de Fouquet et des châteaux
Tours est au cœur de la Renaissance française : c'est la ville de Jean Fouquet, le plus grand peintre du XVe siècle, et le seuil du val de Loire, où les rois bâtirent Amboise, Blois et Chambord. Le musée des Beaux-Arts, installé dans l'ancien palais des archevêques, conserve les traces de ce moment où la peinture française hésite encore entre le raffinement gothique et l'obsession neuve du réel.
Deux Mantegna
Le trésor du musée, ce sont deux panneaux d'Andrea Mantegna — un Christ au jardin des Olivierset uneRésurrection —, éléments de la prédelle du grand retable de San Zeno de Vérone. Rares chefs-d'œuvre de la Renaissance italienne conservés en province française, ils disent la maîtrise absolue de la perspective et de l'antique par le maître padouan.
Les primitifs et la Loire
Autour d'eux, le musée réunit primitifs italiens et français, dont l'esprit de Fouquet, et évoque la Loire des Valois — ce paysage où la Renaissance française prit racine, à quelques lieues des grands chantiers royaux.
Pourquoi le visiter
Parce qu'on y saisit, dans la patrie de Fouquet, la naissance du regard français, et qu'on y contemple deux Mantegna — un morceau d'Italie échoué au bord de la Loire.
Histoire
Tours fut l'une des capitales de la France du XVe siècle : Louis XI y résidait volontiers, et la ville vit naître Jean Fouquet, peintre des rois. Le musée des Beaux-Arts occupe l'ancien palais des archevêques, vaste demeure jouxtant la cathédrale, dotée d'un cèdre planté au XIXe siècle et d'un jardin. Ses collections, constituées après la Révolution à partir des saisies révolutionnaires et enrichies depuis, comptent des chefs-d'œuvre italiens — dont les deux panneaux de Mantegna, saisis lors des campagnes napoléoniennes — et un large panorama de la peinture européenne.
Contes, légendes & anecdotes
Les deux Mantegna de Tours ont une histoire mouvementée : ils faisaient partie de la prédelle du retable de San Zeno de Vérone, que les armées de Napoléon emportèrent en France vers 1797. Le grand retable fut plus tard rendu à Vérone — mais pas sa prédelle : deux panneaux restèrent à Tours, un troisième au Louvre. Ainsi, par les hasards des guerres et des butins, un fragment du chef-d'œuvre de Mantegna orne aujourd'hui un musée du val de Loire, à des centaines de kilomètres de son autel d'origine.






