À voir
Mettez-vous à la place du bailli qui gouverne la seigneurie depuis ce château posé sur l'eau. À Glatt, dans la vallée du Neckar supérieur, le logis Renaissance se mire dans ses douves pleines — l'un des plus anciens châteaux d'eau conservés du sud de l'Allemagne. Derrière les murs ceints d'eau se règlent les affaires du domaine : la justice, l'impôt, les comptes. L'eau n'est pas qu'une défense ; elle isole, elle protège, elle met en scène le pouvoir d'un maître sur ses terres. On raconte qu'un escalier rapporté de Venise orne l'intérieur — la tradition, prudente, dit « il aurait » ; mais le reflet du château dans ses douves, lui, n'a pas besoin de légende.# Château d'eau de GlattPosé sur ses douves en eau dans un repli de la vallée de la Glatt, le Wasserschloss Glatt passe pour l'un des plus anciens châteaux Renaissance du sud de l'Allemagne. Dès les années 1530, le seigneur Reinhard von Neuneck transforme la vieille forteresse à fossés en une résidence de plan régulier. L'eau, les quatre tours d'angle et les galeries en font un rare témoin, bien conservé, du moment où la forteresse devient demeure.
Ce qu'il faut regarder
Le château se donne d'abord comme une masse réfléchie dans l'eau : un corps à trois ailes cantonné de quatre tours d'angle, ceint de douves intégralement conservées — chose rare en Bade-Wurtemberg. On regarde la tension entre défense et agrément : subsistent des canonnières et des éléments militaires hérités du château médiéval, mais le dessin d'ensemble, régulier et ordonné, annonce la résidence. Dans la cour, il faut chercher les galeries à arcades sur deux niveaux, aujourd'hui murées, qui rythmaient les façades intérieures. À l'intérieur, l'escalier droit à deux volées et paliers intermédiaires est le détail savant du lieu : une solution de circulation d'inspiration italienne, inhabituelle dans la région au début du XVIe siècle. La chapelle, enfin, conserve des ornements de stuc. L'ensemble se lit comme un manuel de la première Renaissance du Sud-Ouest, où le vocabulaire nouveau se greffe sur une ossature encore défensive.
Histoire
Le site appartient à la famille de Neuneck de 1282 à 1671 : c'est une lignée de la petite noblesse souabe qui tient là un château fort entouré d'eau. Le tournant Renaissance vient de Reinhard von Neuneck, qui, à partir de 1533 et au fil des années 1530-1540, fait remodeler la forteresse tardo-médiévale en un château de plan régulier intégrant des éléments de la Renaissance italienne. On rattache à ce chantier les escaliers tournants qu'il aurait découverts à Venise, au Fondaco dei Tedeschi, lors d'un séjour en 1521. À l'extinction des Neuneck en 1671, le château passe au chapitre cathédral de Trèves, puis au baron Johann Franz Dietrich von Landsee (1679-1706), à l'abbaye suisse de Muri (1706-1803) et enfin aux princes de Hohenzollern-Sigmaringen (1803-1854). Au XXe siècle, le château devient propriété publique ; après le rattachement de Glatt à la commune de Sulz am Neckar en 1975, il appartient à la ville. Une vaste campagne de restauration est menée des années 1970 aux années 1980, puis un aménagement muséal à la fin des années 1990. En novembre 2001 s'y ouvre un centre culturel et muséal, qui réunit dans le corps de logis et l'ancienne grange dîmière plusieurs musées consacrés à la paysannerie, à l'histoire du village et du château, à la noblesse et à l'art régional.
Symboles et secrets
Le secret de Glatt tient dans son escalier. En rapportant d'Italie, dit la tradition, le modèle des volées droites à paliers vues au Fondaco dei Tedeschi de Venise, Reinhard von Neuneck inscrit dans la pierre un geste de passeur : un seigneur de la vallée souabe transplantant chez lui une invention des grandes places marchandes. Le château tout entier dit ce basculement : les douves et les canonnières appartiennent encore à la logique de la forteresse, mais la régularité du plan, les galeries à arcades et les stucs de la chapelle parlent déjà la langue de la demeure Renaissance. C'est dans cet entre-deux, assumé et lisible, que réside la valeur du lieu : il n'efface pas son passé défensif, il le convertit.
Pourquoi ça compte
Peu de châteaux d'eau de cette ancienneté sont parvenus aussi complets jusqu'à nous dans le sud de l'Allemagne. Glatt documente, sur une seule emprise, la mue de la forteresse médiévale en résidence de la première Renaissance, portée par une noblesse de second rang et non par un prince — ce qui en fait un témoin précieux de la diffusion du style au-delà des grandes cours. Ses fossés en eau, ses tours d'angle et ses galeries offrent une leçon d'architecture rare et préservée ; son réemploi en centre culturel a sauvé l'édifice sans en gommer la lecture historique. Pour l'atlas de la Renaissance, c'est un jalon du Sud-Ouest : la preuve bâtie que le nouveau langage a gagné jusqu'aux vallées retirées du Wurtemberg.
Histoire
Le site appartient à la famille de Neuneck de 1282 à 1671 : c'est une lignée de la petite noblesse souabe qui tient là un château fort entouré d'eau. Le tournant Renaissance vient de Reinhard von Neuneck, qui, à partir de 1533 et au fil des années 1530-1540, fait remodeler la forteresse tardo-médiévale en un château de plan régulier intégrant des éléments de la Renaissance italienne. On rattache à ce chantier les escaliers tournants qu'il aurait découverts à Venise, au Fondaco dei Tedeschi, lors d'un séjour en 1521. À l'extinction des Neuneck en 1671, le château passe au chapitre cathédral de Trèves, puis au baron Johann Franz Dietrich von Landsee (1679-1706), à l'abbaye suisse de Muri (1706-1803) et enfin aux princes de Hohenzollern-Sigmaringen (1803-1854). Au XXe siècle, le château devient propriété publique ; après le rattachement de Glatt à la commune de Sulz am Neckar en 1975, il appartient à la ville. Une vaste campagne de restauration est menée des années 1970 aux années 1980, puis un aménagement muséal à la fin des années 1990. En novembre 2001 s'y ouvre un centre culturel et muséal, qui réunit dans le corps de logis et l'ancienne grange dîmière plusieurs musées consacrés à la paysannerie, à l'histoire du village et du château, à la noblesse et à l'art régional.
Sources
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Fiche mise à jour le 7 novembre 2026
