Contes, légendes & anecdotes
L'astronome Charles-Nicolas Dufay (1698-1739), l'un des pionniers de l'électrostatique et directeur des jardins du roi à Paris, commença ses études à Montpellier et s'initia à l'astronomie dans cette tour dans les années 1710. Il y apprit que la lumière du ciel étoilé voyageait à travers le vide — une conception révolutionnaire pour l'époque. Plus tard, il découvrirait les deux types d'électricité (positive et négative). La tour de la Babote, modeste tour de garde médiévale, avait ainsi contribué à former l'un des grands savants du XVIIIe siècle.
Histoire
La tour de la Babote est l'une des rares tours médiévales de l'enceinte de Montpellier encore debout — les autres ayant été rasées lors des grandes transformations urbaines des XVIIIe et XIXe siècles. Tour de guet ronde appartenant à la seconde enceinte de la ville médiévale (XIIe siècle), elle fut remaniée au XVIe siècle et surmontée d'une plateforme d'observation astronomique — faisant d'elle l'un des premiers observatoires permanents de France avant la fondation de l'Observatoire de Paris en 1667. Guillaume Rondelet (le même naturaliste qui fonda l'amphithéâtre d'anatomie de 1556) utilisait cette tour pour ses observations du ciel. Au XVIIe siècle, l'astronome Jacques de Cassini y effectua des mesures importantes. La tour, classée Monument Historique, est accessible en visite guidée et offre une vue panoramique sur Montpellier et la plaine languedocienne.
À voir
Récit incarné
Boulevard Louis-Blanc, Montpellier. La tour de la Babote s'élève à l'angle d'un boulevard moderne — vestige improbable au milieu de la ville haussmannisée. Sa silhouette ronde de tour médiévale, avec sa plateforme d'observation sommitale, surgit entre les platanes avec l'air d'un anachronisme assumé.
Montpellier au XVIe siècle était une ville de sciences autant que de commerce. Sa Faculté de médecine, la plus ancienne de France, attirait des étudiants et des professeurs qui s'intéressaient à la nature dans toute sa diversité — plantes médicinales, animaux marins, corps humains, étoiles. La tour de la Babote, juchée sur la muraille de la ville, offrait un accès inégalé au ciel nocturne — sans la pollution lumineuse que nous connaissons, le ciel de Montpellier au XVIe siècle devait être extraordinairement pur.
Rondelet montait dans cette tour pour observer les étoiles et les planètes. Il prenait des notes, comparait ses observations avec celles d'Hipparque et de Ptolémée, cherchait des régularités dans les mouvements célestes. La même rigueur empirique qu'il appliquait à la dissection des poissons et des corps humains, il l'appliquait au ciel.
Lecture architecturale
La tour de la Babote est une tour ronde médiévale en calcaire coquillier local. Ses murs ont une épaisseur de 1,5 à 2 mètres — typique des tours de défense. La plateforme d'observation sommitale, ajoutée au XVIe siècle, est accessible par un escalier intérieur en vis. Une balustrade de calcaire entoure la plateforme. La tour ne présente pas de décor Renaissance élaboré — sa modernité est fonctionnelle, dans son usage astronomique, pas dans ses ornements.
Symboles à observer
1. La plateforme sommitale : le dallage de la plateforme d'observation. Cherchez les traces d'ancrages d'instruments — des encoches dans la pierre où étaient fixés les instruments de mesure astronomique.
2. Les meurtrières médiévales : dans les murs de la tour, les anciennes meurtrières (fentes étroites pour les archers). Elles rappellent la fonction originelle de la tour — défensive, pas scientifique.
3. La vue panoramique : depuis la plateforme, la ville de Montpellier et la plaine languedocienne. Au sud, la mer Méditerranée par temps clair (25 km). Au nord, les Cévennes. À l'ouest, les Pyrénées par exceptionnelle visibilité.
4. L'intégration dans la ville moderne : regardez comment la tour médiévale s'inscrit dans le tissu urbain du XIXe siècle autour d'elle. C'est un fragment de Moyen Âge qui a résisté à trois siècles d'urbanisation.
Anecdote mémorable
En 1832, lors de l'épidémie de choléra qui ravagea toute la France, Montpellier fut relativement épargnée. Les médecins de la Faculté attribuèrent cette relative protection à la 'salubrité de l'air montpelliérain' — une explication fausse (le choléra se transmet par l'eau contaminée, pas par l'air) mais qui dit quelque chose sur la confiance des Montpelliérains dans leur ville. La tour de la Babote, instrument d'observation du ciel depuis le XVIe siècle, symbolisait cette confiance dans la science locale. Même une mauvaise explication est un progrès sur la superstition.
Contexte historique dense
L'astronomie Renaissance française avait deux centres principaux : Paris (avec la Cour et les académies) et Montpellier (avec la Faculté de médecine et ses traditions d'observation empirique). La tour de la Babote représente ce second foyer — une astronomie de praticiens, liée à la médecine et à l'astrologie médicale (les médecins du XVIe siècle considéraient que les positions des astres influençaient la santé de leurs patients).
Échos artistiques
Musique : Musique des sphèresde Marin Mersenne (1636) — le théoricien de la musique française du XVIIe siècle qui cherchait des correspondances entre les harmonies musicales et les orbites planétaires. Peinture :L'Astronome de Jan Vermeer (Louvre, 1668) — le peintre hollandais représentant un savant observant le ciel — un tableau contemporain de la Tour de la Babote comme observatoire. Architecture : l'Observatoire de Paris (1667) — l'institution scientifique qui reprit et systématisa les observations faites dans des tours comme la Babote.
Pour aller plus loin
- Faculté de médecine de Montpellier — la plus ancienne de France.
- Jardin des Plantes de Montpellier (1593) — le premier jardin botanique de France.
- Pic Saint-Loup (34, 25 km) — l'observatoire astronomique professionnel actuel de la région.


