Contes, légendes & anecdotes
Molière (1622-1673) séjourna à Pézenas à plusieurs reprises entre 1650 et 1657, avec sa troupe de comédiens itinérants. Il séjournait dans les hôtels et les auberges de la ville, jouait dans les cours des hôtels particuliers. On dit qu'il observait les habitants de Pézenas — leurs manies, leurs ridicules, leurs travers — pour nourrir ses personnages comiques. Le Barbier de Pézenas, le notaire de Pézenas, le médecin de Pézenas — des types locaux qui devinrent des types universels dans ses pièces. L'hôtel de Lacoste et ses semblables étaient le décor de ces observations.
Histoire
Pézenas est l'une des villes de France dont l'architecture civile Renaissance est la mieux conservée — un ensemble cohérent d'hôtels particuliers du XVIe et XVIIe siècle qui lui a valu le surnom de 'Versailles du Languedoc'. L'hôtel de Lacoste, construit vers 1550-1580, est l'un des plus représentatifs de ces hôtels particuliers Renaissance languedociens. Sa façade en calcaire de la Région présente une galerie à arcades au rez-de-chaussée et deux niveaux de fenêtres à meneaux. Pézenas était au XVIe siècle la résidence des gouverneurs du Languedoc et le siège des États du Languedoc — l'assemblée provinciale qui gérait les finances et les affaires de la province. Cette double importance politique (siège du gouvernement provincial) et commerciale (grand marché aux draps et aux denrées) avait attiré une élite marchande et nobiliaire qui construisit les hôtels Renaissance dont la ville tire son charme particulier.
À voir
Récit incarné
Pézenas, Hérault. La petite ville languedocienne qui se souvient de Molière, des gouverneurs de province et des marchands de draps. Ses rues sont bordées d'hôtels particuliers Renaissance — façades de calcaire clair, galeries à arcades, cours intérieures ornées. C'est l'un des ensembles urbains Renaissance les plus cohérents de France, sans les destructions haussmanniennes ni les bombes des guerres mondiales.
L'hôtel de Lacoste est dans la Grand-Rue — la principale artère de Pézenas, celle que Molière arpentait avec sa troupe. Sa façade est sobre et élégante : une galerie au rez-de-chaussée, deux étages de fenêtres à meneaux. Ce n'est pas l'extravagance toulousaine ni la rigueur parisienne. C'est la Renaissance languedocienne — équilibrée, lumineuse, avec ce goût pour les galeries ouvertes qui dit la douceur du climat méridional.
Entrez dans la cour (si accessible). La galerie intérieure à arcades est plus élaborée que la façade sur rue — c'est l'habitude languedocienne : montrer peu depuis la rue, tout révéler dans la cour. La vie noble se déroulait là, à l'abri des regards, dans la fraîcheur de la pierre et de l'ombre.
Lecture architecturale
L'hôtel de Lacoste est construit en calcaire de l'Hérault (calcaire coquillier blanc-jaune). La façade sur rue présente une galerie à arcades en plein cintre au rez-de-chaussée et deux niveaux de fenêtres à meneaux. La cour intérieure révèle une galerie à arcades plus ornée, avec des pilastres à chapiteaux composites.
Symboles à observer
1. La galerie languedocienne : la galerie au rez-de-chaussée, ouverte sur la rue par des arcades. C'est le modèle de la loggia italienne adapté au climat méridional — se protéger du soleil et de la pluie tout en restant visible.
2. Les fenêtres à meneaux : les croisées de pierre des fenêtres. En Languedoc, les meneaux sont souvent plus fins que dans la Loire — adaptés à un calcaire plus dur.
3. La cour intérieure : dans la cour, la galerie plus ornée. La hiérarchie entre façade publique (sobre) et cour privée (plus élaborée) est caractéristique de la tradition languedocienne.
4. Le sol dallé de la galerie : si les dalles d'origine sont conservées, remarquez leur taille — de grandes dalles de calcaire local, posées à la régularité médiévale.
Anecdote mémorable
Molière, lors de ses séjours à Pézenas (1650-1657), eut l'occasion d'observer la société locale dans ses moindres détails. Il fréquentait la boutique d'un barbier nommé Gély — une boutique où les nouvelles circulaient et où Molière écoutait. C'est dans ce barbier de Pézenas qu'il aurait observé le type du Barbier de Séville — le barbier bavard, indiscret, mais finalement bienveillant. Beaumarchais s'en souviendrait un siècle plus tard. La chaîne de la création : Pézenas — Molière — Beaumarchais — Mozart.
Contexte historique dense
Pézenas au XVIe siècle était une ville de gouvernement autant qu'une ville de commerce. Les États du Languedoc — l'assemblée provinciale qui votait les impôts et gérait les affaires de la province — s'y réunissaient régulièrement. Les gouverneurs du Languedoc (parmi lesquels le prince de Conti au XVIIe siècle) y séjournaient. Cette double importance attirait une élite qui construisait des hôtels particuliers de qualité.
Échos artistiques
Musique : L'Impromptu de Versaillesde Molière (1663) — la pièce dans laquelle Molière met en scène sa propre troupe, jouée dans des villes comme Pézenas. Peinture : lePortrait de Molière (anonyme, XVIIe siècle) — l'acteur-auteur qui fit de Pézenas l'un de ses observatoires. Architecture : les autres hôtels de Pézenas — hôtel de Carrion-Nizas, hôtel de Montmorency — à 50-200 mètres.
Pour aller plus loin
- Vieux Pézenas — l'ensemble des hôtels particuliers Renaissance de la ville.
- Montpellier (34, 50 km) — la capitale régionale.
- Saint-Guilhem-le-Désert (34, 50 km) — le village médiéval et l'abbaye romane classés UNESCO.

