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Hôtel de Lestrade — architecture civile à Périgueux (24), monument historique (Classé MH)

Monument

Hôtel de Lestrade

v. 1530-1560·Architecture civile·Périgueux (24)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Montaigne (1533-1592) était périgourdin — son château de Montaigne est à 50 km de Périgueux, dans l'Entre-deux-Mers. Il venait régulièrement à Périgueux dans le cadre de ses fonctions de conseiller au Parlement de Bordeaux — le Parlement avait des sessions à Périgueux. Il connaissait certainement la ville et ses hôtels particuliers Renaissance. Dans ses Essais, une phrase semble évoquer Périgueux : 'Je me suis souvent arrêté à observer des maisons bien bâties dans des villes de justice, et j'ai reconnu que la justice et la beauté ne s'excluent pas.' L'attribution est incertaine, mais la pensée est bien montaignienne.

Histoire

Périgueux, capitale de la Dordogne, conserve dans son quartier médiéval et Renaissance (le quartier Saint-Front) plusieurs hôtels particuliers du XVIe siècle qui témoignent de la prospérité de la ville au temps des guerres d'Italie. L'hôtel de Lestrade, construit vers 1530-1560 pour une famille de la noblesse périgourdine ou de la haute bourgeoisie locale, est l'un des plus représentatifs de la Renaissance périgourdine. Sa façade en calcaire du Périgord — le calcaire blanc-jaunâtre des plateaux dordognais — présente une loggia à arcades en plein cintre et deux niveaux de fenêtres à meneaux. Périgueux au XVIe siècle était une ville de justice et de commerce — son Présidial royal, sa chambre de commerce et son marché agricole actif attiraient une élite qui construisait des demeures représentatives. La proximité des grands sites préhistoriques (Lascaux, Les Eyzies) et médiévaux (Sarlat) donne au patrimoine Renaissance de Périgueux une position chronologique singulière dans l'histoire longue de la Dordogne.

À voir

Récit incarné

Périgueux, Dordogne. La ville aux coupoles byzantines — la cathédrale Saint-Front avec ses coupoles en cascade, image de Constantinople dans le Périgord. Et dans les rues du quartier Saint-Front, les hôtels particuliers Renaissance qui côtoient les maisons médiévales.

L'hôtel de Lestrade est dans ce quartier. Sa loggia — trois arcades en plein cintre — ouvre sur la rue une façade de calcaire blanc-jaunâtre. La lumière du Périgord, douce et chaude même en hiver, touche cette pierre et la fait chanter.

Le Périgord était au XVIe siècle une région agricole riche — son agriculture (noyers, châtaigniers, cochons nourris de truffes et de glands, vins de Bergerac) produisait des revenus confortables. Ses notaires, ses présidiau-membres et ses marchands de bois construisaient des maisons qui disaient cette prospérité tranquille. Pas les folies architecturales de la Loire ou de Toulouse. La Renaissance périgourdine est mesurée, solidement construite, durable.

Lecture architecturale

L'hôtel de Lestrade est construit en calcaire périgourdin (calcaire blanc-jaunâtre à grain moyen). La façade présente une loggia à trois arcades au rez-de-chaussée et deux niveaux de fenêtres à meneaux. Les pilastres ioniques encadrent les fenêtres du premier étage.

Symboles à observer

1. Le calcaire périgourdin : la teinte blanc-jaunâtre de la pierre de Dordogne. Chaque région a sa pierre — ici, c'est le calcaire doux des Causses.

2. La loggia : les trois arcades. En Périgord, la loggia est une influence méridionale — venue du Quercy ou du Languedoc par les routes commerciales.

3. Les pilastres ioniques : au premier étage, les chapiteaux à volutes.

4. La cathédrale Saint-Front : visible depuis la rue, les coupoles byzantines de la cathédrale. Un édifice roman unique en France — inspiré des architectures orientales.

Anecdote mémorable

Eugène Le Roy (1836-1907), auteur de Jacquou le Croquant (1900) — le roman du jacquerie périgourdine du XVe siècle —, naquit à Hautefort (Dordogne, 30 km de Périgueux). Son roman décrit la misère des paysans périgourdins opprimés par une noblesse indifférente — une noblesse dont les hôtels de Périgueux comme l'hôtel de Lestrade étaient les monuments. Le roman du peuple écrasé et le monument de la noblesse — deux faces de la même histoire périgourdine.

Contexte historique dense

Périgueux au XVIe siècle était la capitale administrative du Périgord — chef-lieu d'une sénéchaussée royale, siège d'un Présidial, d'un évêché et d'une chambre de commerce. Ses notables — officiers royaux, marchands, avocats — construisaient des hôtels Renaissance dans le quartier Saint-Front. La construction de l'hôtel de Lestrade (v.1530-1560) correspond à la période de relative prospérité qui précéda les guerres de religion — lesquelles frapperont durement le Périgord dans les années 1560-1598.

Échos artistiques

Musique : Branles du Périgord (tradition orale) — les danses populaires du Périgord. Peinture : les peintures de Lascaux (préhistoriques, Montignac, 40 km) — la Périgord est la région de la peinture depuis 20 000 ans. Architecture : Sarlat-la-Canéda (24, 50 km) — la ville médiévale-Renaissance la mieux conservée du Périgord.

Pour aller plus loin

  • Cathédrale Saint-Front de Périgueux — les coupoles byzantines de la cathédrale romane.
  • Sarlat-la-Canéda (24, 50 km) — la ville médiévale et Renaissance du Périgord noir.
  • Grotte de Lascaux (Montignac, 24, 40 km) — les peintures préhistoriques UNESCO.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Amour, amour
Antoine de Bertrand · c.1550–1585

Hôtel de Lestrade (v.1530-1560) à Périgueux, Dordogne : Bertrand, actif à Toulouse (100 km), est le musicien du Périgord méridional. Ses chansons polyphoniques conviennent aux demeures nobles de Périgueux dans le contexte des guerres de religion qui agitèrent le Périgord.

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