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Beffroi de Douai — architecture civile à Douai (59), monument historique (Classé MH)

Monument

Beffroi de Douai

1380-1410 (médiéval) — décors Renaissance XVIe s.·Architecture civile·Douai (59)·Classé MH
Beffroi de Douai — architecture civile à Douai (59), monument historique (Classé MH) — vue 2

Contes, légendes & anecdotes

Le carillon du beffroi de Douai joue un air différent chaque quart d'heure — les 62 cloches s'accordent dans une programmation qui change selon les jours et les saisons. L'air le plus célèbre, joué chaque soir à 22h depuis le XVIIe siècle, est la 'Bourienne' — un air douaisien populaire dont les origines remontent au XVIe siècle. Les habitants de Douai disent que celui qui n'a pas entendu la Bourienne du beffroi le soir n'a pas vraiment dormi à Douai. L'air de carillon comme rituel urbain, comme identité sonore d'une ville — une tradition qui remonte à la Renaissance.

Histoire

Le beffroi de Douai, inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2005 (avec les beffrois de Belgique et de France du Nord), est l'un des plus imposants et des mieux conservés de la région flamande française. Sa tour principale, de 54 mètres de hauteur, date de 1380-1410 et est de style gothique flamand. Le beffroi fut rénové et enrichi de décors Renaissance au XVIe siècle, notamment dans les parties supérieures de la tour et dans la lanterne octogonale qui la couronne. Il abrite un carillon de 62 cloches — le plus grand carillon de France — dont les premières cloches furent fondues au XVe siècle. La salle d'archives du beffroi (accessible en visite guidée) conserve les chartes communales de Douai depuis le XIIe siècle — dont les premières archives de l'institution du beffroi comme symbole de la liberté communale. Douai était au XVIe siècle une ville des Pays-Bas espagnols — une province de l'Empire de Charles Quint — et son beffroi était l'affirmation symbolique de ses libertés communales face au pouvoir impérial.

À voir

Récit incarné

Place d'Armes, Douai. La ville du Nord — entre Lille et Arras, dans cette plaine du Nord qui fut pendant des siècles le théâtre des guerres européennes. Et au centre de la place, le beffroi — 54 mètres de pierre gothique surmontés d'une lanterne Renaissance.

Le beffroi de Douai n'est pas le plus ornemental de la région — Arras est plus élaboré, Saint-Omer plus fantaisiste. Mais il est le plus sonore. 62 cloches. Le plus grand carillon de France. Quand il sonne les heures, la place vibre. Quand il joue ses airs, la ville entière entend.

Montez dans le beffroi — l'escalier en vis monte à travers les salles successives. La salle des cloches : 62 cloches de bronze suspendues, de la plus petite (quelques kilogrammes) à la plus grande (3 tonnes). Chacune a son nom, son baptême, son histoire. Le carillonneur joue sur un clavier de bois qui actionne les marteaux par câbles.

Puis la lanterne Renaissance au sommet — la vue sur la plaine du Nord à 360 degrés. Et le lion de Flandre qui tourne avec le vent.

Lecture architecturale

Le beffroi de Douai présente deux phases stylistiques : la tour médiévale (1380-1410, gothique flamand — contreforts à pinacles, arcades d'aveuglement) et la lanterne Renaissance du sommet (XVIe siècle — colonnettes, balustrades, fenêtres à meneaux). La progression est verticale : le gothique en bas, la Renaissance en haut. La transition se lit à mi-hauteur de la tour, là où le vocabulaire ornemental change.

Symboles à observer

1. Le carillon de 62 cloches : les cloches sont suspendues dans la salle haute de la tour. Chaque cloche a son nom — cherchez celle qui porte le nom de saint Amé (patron de Douai) et celle de l'Aigle (pour l'Empire).

2. La lanterne octogonale : la couronne de la tour, en style Renaissance. Ses huit pans sont percés de fenêtres à meneaux encadrées de colonnettes. L'octogone — forme de transition entre le carré terrestre et le cercle céleste.

3. Le lion de Flandre : au sommet de la lanterne, un lion de métal doré. Le lion des comtes de Flandre — ce territoire qui appartint tour à tour aux rois de France, aux ducs de Bourgogne, aux Habsbourg et aux rois d'Espagne.

4. Les archives communales : dans la salle des archives du beffroi, les chartes de liberté communales de Douai depuis le XIIe siècle. La première charte (1228) est un parchemin enluminé — cherchez le sceau de cire pendant à son cordon de soie.

Anecdote mémorable

Lors de la Première Guerre mondiale, Douai fut occupée par les Allemands dès octobre 1914 et ne fut libérée qu'en octobre 1918 — quatre ans d'occupation. Les Allemands installèrent leur état-major dans le beffroi et jouèrent leurs propres airs au carillon. Les Douaisiens écoutaient, depuis leurs fenêtres condamnées, les airs étrangers qui remplaçaient la Bourienne. Le beffroi comme instrument de pouvoir occupant. La libération, en octobre 1918, fut célébrée au carillon par la Bourienne retrouvée — un air de 62 cloches pour une ville libérée.

Contexte historique dense

Douai au XVIe siècle était une ville des Pays-Bas espagnols — une province de l'immense empire de Charles Quint et de Philippe II. Les libertés communales de Douai, symbolisées par son beffroi, étaient défendues par un conseil municipal jaloux de ses prérogatives. Quand les ducs d'Albe tentèrent d'imposer de nouvelles taxes (les '10 sous' sur toutes les transactions commerciales) en 1569, les villes flamandes dont Douai protestèrent vigoureusement. Cette résistance fiscale fut l'une des causes de la Révolte des Pays-Bas (1568-1648) — la première grande révolution de l'histoire moderne.

Échos artistiques

Musique : le carillon de Douai lui-même — 62 cloches accordées sur cinq octaves. La 'Bourienne' douaisienne, air traditionnel joué chaque soir. Peinture : les retables flamands de l'École de Douai (XVe-XVIe siècles, Musée de la Chartreuse de Douai). Architecture : le beffroi d'Arras (62) — à 30 km, cousin flamand du même programme.

Pour aller plus loin

  • Musée de la Chartreuse de Douai — retables flamands et peintures nordiques du XVe au XVIIe siècle.
  • Beffroi d'Arras (62, 30 km) — l'autre grand beffroi du Pas-de-Calais, classé UNESCO.
  • Lille (30 km) — le Palais des Beaux-Arts et la vieille bourse du XVIIe siècle.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Branle double
Thoinot Arbeau · c.1529–1589

Beffroi de Douai (UNESCO, décors Renaissance XVIe s.) : Arbeau documente les danses des beffrois flamands dans l'Orchésographie. Le branle double, danse collective des fêtes civiques, est le son des places publiques des villes du Nord comme Douai.

Lire l'explication complète de l'œuvre →