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Monastère royal de Brou — édifice religieux à Bourg-en-Bresse (01), monument historique (Classé MH)

Monument

Monastère royal de Brou

1513-1532·Religieux·Bourg-en-Bresse (01)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Marguerite d'Autriche fit le vœu de construire une église pour son mari mourant — Philibert le Beau mourut quand même, d'un refroidissement pris à la chasse, à 24 ans, en 1504. Marguerite tint sa promesse. Elle mourut en 1530, deux ans avant l'achèvement de l'église. Elle est enterrée dans le tombeau qu'elle avait commandé pour elle-même, à côté de son mari — en gisant blanc de marbre, représentée deux fois : une fois en vie (couronnée, parée de ses attributs ducaux) et une fois morte (le visage détendu, les yeux clos). Ce double gisant — la vivante et la morte dans le même tombeau — est l'une des œuvres funéraires les plus poignantes de la Renaissance.

Histoire

Le monastère royal de Brou est l'un des chefs-d'œuvre absolus de l'art du début du XVIe siècle en France — un programme architectural et sculptural d'une cohérence et d'une qualité sans équivalent. Commandé par Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas et tante de Charles Quint, pour abriter le tombeau de son mari Philibert le Beau, duc de Savoie (mort en 1504), il fut construit entre 1513 et 1532 par l'architecte flamand Loys van Boghem. L'église présente une façade gothique flamboyante d'une richesse ornementale stupéfiante, trois nefs, des stalles en bois sculpté d'une finesse exceptionnelle, et surtout trois tombeaux : celui de Philibert le Beau, celui de Marguerite d'Autriche et celui de Marguerite de Bourbon (mère de Philibert). Ces tombeaux, sculptés par Conrad Meit et ses assistants, sont parmi les plus beaux de la Renaissance européenne — alliant la tradition brabançonne de la sculpture funéraire et les influences italiennes de la Renaissance.

À voir

Récit incarné

Bourg-en-Bresse, Ain. À deux kilomètres du centre, dans un quartier résidentiel calme. Et soudain, la façade — la façade gothique flamboyante de Brou, avec ses trois portails sculptés, ses gâbles à crochets, ses pinacles, sa dentelle de pierre brabançonne.

Entrez. L'intérieur est d'une blancheur saisissante — le calcaire fin de Bourgogne, presque lumineux. Les trois nefs, les stalles, et au fond, derrière le jubé, les tombeaux.

Approchez du tombeau de Marguerite d'Autriche. Regardez la gisante du dessus — la femme couronnée dans ses atours ducaux, les yeux ouverts, vivante dans la mort représentée. Puis regardez dessous, dans le soubassement : la femme morte, le corps détendu, le visage paisible. Marguerite a voulu être représentée ainsi — vivante ET morte, dans le même monument, pour l'éternité.

Lecture architecturale

Le monastère de Brou est gothique dans son style — flamboyant tardif d'influence brabançonne (Pays-Bas). La façade présente trois portails à gâbles en accolade, ornés de sculptures à profusion. L'intérieur est d'une homogénéité stylistique rare — tout fut conçu et exécuté dans les mêmes vingt années (1513-1532), donnant à l'ensemble une cohérence qui manque aux monuments dont la construction s'étale sur plusieurs siècles.

Symboles à observer

1. Le double gisant de Marguerite : la vivante (dessus) et la morte (dessous). Cherchez les attributs — la couronne, les armoiries, le chien couché aux pieds (symbole de fidélité).

2. Les stalles en bois : les stalles du chœur avec leurs miséricordes sculptées — des scènes comiques et profanes sous les sièges des moines, tradition médiévale de l'humour dans le sacré.

3. La devise de Marguerite : Fortune infortune fort une — partout dans l'église. 'La fortune blesse cruellement une seule femme.' Marguerite l'avait adoptée après la mort de Philibert.

4. Le vitrail des Sept Joies de la Vierge : le grand vitrail du chœur, d'une qualité exceptionnelle. Cherchez les portraits de Marguerite et Philibert dans les scènes.

Anecdote mémorable

Pendant la Révolution, les moines furent expulsés, les tombeaux saccagés. Les têtes des gisants furent brisées. Un paysan de Brou récupéra la tête de marbre de Marguerite d'Autriche dans les décombres et la conserva chez lui pendant vingt ans. Quand les restaurateurs vinrent au XIXe siècle, la tête fut restituée et reposée sur le corps. Marguerite d'Autriche avait failli être décapitée deux fois — par la Révolution comme par la mort.

Contexte historique dense

Brou fut construit à la charnière de deux mondes : le gothique flamand-brabançon de Marguerite d'Autriche (élevée à la cour de Bourgogne) et la Renaissance italienne qui déferlait depuis les guerres d'Italie. L'architecte Loys van Boghem était flamand ; les sculpteurs Conrad Meit et ses assistants venaient d'Allemagne et des Pays-Bas mais connaissaient l'Italie. Le résultat est un art hybride, transeuropéen, unique.

Échos artistiques

Musique : Missa pro defunctisde Johannes Ockeghem (v.1460) — la polyphonie flamande de la cour de Bourgogne dont Marguerite était issue. Peinture :Portrait de Marguerite d'Autriche de Bernard van Orley (Musées royaux, Bruxelles, v.1518) — la commanditaire dans son portrait contemporain. Architecture : le Palais de Marguerite d'Autriche à Malines (Belgique) — la résidence brabançonne de la même commanditaire.

Pour aller plus loin

  • Musée de Brou (dans les bâtiments conventuels) — les collections d'art régional.
  • Pérouges (01, 30 km) — le village médiéval fortifié le mieux conservé de France.
  • Lyon (69, 60 km) — la capitale gastronomique et le Vieux-Lyon Renaissance.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Requiem
Pierre de La Rue · c.1450–1560

Brou est le mausolée de Philibert le Beau (1504) et Marguerite d'Autriche, commis dans la tradition franco-flamande des Pays-Bas bourguignons. Pierre de La Rue, compositeur à la cour de Marguerite d'Autriche à Malines, est le musicien de sa maison ; son Requiem est la pièce funèbre la plus directement liée à la commanditaire du monument.

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