Contes, légendes & anecdotes
Arnaut de Moles, le peintre-verrier d'Auch, est une figure mystérieuse — on ne sait presque rien de lui sinon ses œuvres. Ses vitraux d'Auch ont stupéfié ses contemporains par leur qualité et leur invention. On retrouve son style dans plusieurs autres vitraux du Sud-Ouest, mais son atelier et sa formation restent inconnus. Certains historiens pensent qu'il était flamand ou qu'il avait étudié en Flandre — la qualité de ses carnations et de ses draperies rappelle Van Eyck et ses successeurs. D'autres pensent qu'il avait vu des œuvres italiennes. Ce mystère d'un chef-d'œuvre sans biographie est lui-même une forme de sublime.
Histoire
La cathédrale Sainte-Marie d'Auch possède deux chefs-d'œuvre de la Renaissance française qui en font l'une des visites incontournables du Sud-Ouest : les vitraux d'Arnaut de Moles (1507-1513) et le jubé de l'architecte Bachelier (1548-1554). Les vitraux — dix-huit verrières à personnages — constituent l'un des ensembles de vitraux Renaissance les plus complets de France, avec leurs prophètes, sibylles et apôtres à la fois monumentaux et précis dans leur représentation. La palette chaude des bleus, rouges et ors, les visages expressifs, les draperies élaborées témoignent de la maîtrise du peintre-verrier gascon Arnaut de Moles, qui connaissait l'art flamand et l'art italien. Le jubé, en marbre des Pyrénées et pierre calcaire, avec ses colonnes, ses bas-reliefs et sa galerie, est l'œuvre de Nicolas Bachelier, l'architecte toulousain qui construisit l'hôtel d'Assézat.
À voir
Histoire
La cathédrale Sainte-Marie d'Auch est le plus long chantier Renaissance de France : 173 années de construction ininterrompue, de 1489 à 1662. Quinze archevêques s'y succédèrent. Sept rois de France régnèrent pendant le chantier : Charles VIII, Louis XII, François Ier, Henri II, François II, Charles IX, Henri III, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV. L'édifice est ainsi la plus complète manifestation architecturale de la Renaissance religieuse française, de ses prémices (gothique flamboyant) à ses prolongements classiques.
Le projet débuta en 1489 sous l'archevêque François II de Savoie (fils du roi de France), qui voulait remplacer l'ancienne cathédrale romane jugée trop modeste pour la capitale ecclésiastique de la Gascogne. Le plan suit le modèle gothique classique (croix latine, déambulatoire, chapelles rayonnantes) mais l'élévation et le décor sont profondément Renaissance.
La façade occidentale, achevée en 1662, est pleinement Renaissance classique : frontispice à colonnes corinthiennes, fronton triangulaire, deux tours de 44 mètres encadrant la façade — modèle qui inspirera les cathédrales coloniales espagnoles d'Amérique latine au XVIIe siècle.
Mais l'élément Renaissance majeur est ailleurs : ce sont les 18 vitraux d'Arnaud de Moles, peints entre 1509 et 1513, qui constituent l'un des plus extraordinaires ensembles vitrés Renaissance d'Europe, à côté des stalles sculptées (1515-1554) incomparables.
À voir absolument
- Les 18 vitraux d'Arnaud de Moles (1509-1513), 360 m² de verre peint, considérés comme le plus grand ensemble vitré Renaissance d'Europe occidentale : prophètes, sibylles, scènes bibliques, portraits Renaissance
- Les stalles sculptées du chœur (1515-1554), 113 stalles en chêne sculpté à mi-relief — l'un des plus beaux ensembles sculpturaux Renaissance de France
- La façade Renaissance classique (1662), à frontispice à colonnes corinthiennes
- Le tombeau de l'archevêque François II de Savoie (XVIe), Renaissance précoce
- Le chœur Renaissance voûté en croisée d'ogives à liernes et tiercerons
- L'orgue monumental (XVIIe siècle, classé MH), l'un des plus prestigieux de France
- Les chapelles latérales ornées de retables Renaissance et classiques
- Le trésor de la cathédrale (visite payante)
- La tour d'Armagnac voisine, donjon médiéval, panorama sur la cathédrale
Anecdotes & secrets
Arnaud de Moles (vers 1465-1520), maître verrier gascon, est l'un des artistes Renaissance majeurs méconnus du grand public. Son atelier exécuta les 18 verrières d'Auch en seulement quatre ans (1509-1513), prouesse technique stupéfiante. Chaque verrière mesure 9 mètres de haut sur 2 mètres de large et représente un thème théologique (par exemple : Le Salut par la grâce, Le Salut par les œuvres, La Vie de Marie). Le portrait du donateur, l'archevêque Jean Marre, apparaît en bas de la verrière de la Crucifixion : c'est l'un des premiers portraits Renaissance peints sur verre en France.
Les stalles d'Auch (1515-1554) ont une particularité unique : leurs miséricordes (les sièges relevables) sont sculptées de scènes drolatiques souvent érotiques, anticléricales ou grotesques — quasi blasphématoires pour l'époque. Diables sodomisant des moines, paysans urinant, animaux fornicateurs, moines ivres. Pourquoi de telles images dans le chœur d'une cathédrale ? Parce que les miséricordes étaient invisibles quand les chanoines étaient assis dessus ; elles permettaient aux artistes d'exorciser par le bas ce que la liturgie sacralisait par le haut. Tradition médiévale-Renaissance largement documentée mais nulle part ailleurs aussi spectaculaire.
Henri IV, alors prince Henri de Navarre et protestant, vint en pèlerinage clandestin à Auch en 1577 déguisé en marchand pour rencontrer secrètement des notables catholiques. Il assista à la messe à la cathédrale et observa l'avancement du chantier. Une plaque commémorative dans la nef rappelle cet épisode politique de la Sainte Ligue gasconne.
Conseils de visite
Cathédrale ouverte tous les jours de 8h30 à 18h, entrée libre sauf pour le chœur (stalles et vitraux) qui nécessite un billet payant (5€, 4€ tarif réduit, audioguide inclus) — c'est l'un des rares cas en France où l'accès au mobilier liturgique est tarifé par décision archiepiscopale. Lumière idéale pour les vitraux : 11h-13h selon la saison. Combiner avec la visite de la tour d'Armagnac (gratuit), du musée des Jacobins, et de la gastronomie gasconne (foie gras, armagnac). Auch accessible depuis Toulouse en train (1h30) ou Paris-Montparnasse en TGV-TER (5h).



