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Cathédrale Saint-Étienne de Limoges (jubé) — édifice religieux à Limoges (87), monument historique (Classé MH)

Monument

Cathédrale Saint-Étienne de Limoges (jubé)

XIIIe-XIVe s. — jubé Renaissance v. 1533·Religieux·Limoges (87)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Jean de Langeac (v.1490-1541), évêque de Limoges et ambassadeur de François Ier auprès du pape Clément VII, fut l'un des témoins directs du sac de Rome en 1527 — quand les troupes de Charles Quint pillèrent et dévastèrent la ville éternelle pendant plusieurs semaines. Il vit les soldats espagnols et lansquenets allemands détruire des œuvres d'art, piller les palais, massacrer les habitants. Cet homme qui avait vu la Renaissance romaine détruite revint à Limoges et fit construire un jubé Renaissance dans sa cathédrale. Une façon de sauver ce qu'il avait vu mourir à Rome.

Histoire

La cathédrale Saint-Étienne de Limoges conserve l'un des rares jubés Renaissance encore en place dans une cathédrale française — la grande majorité des jubés ayant été détruits aux XVIIe et XVIIIe siècles au nom de la 'communication' entre clergé et fidèles. Le jubé de Limoges, construit vers 1533 en granite limousin et calcaire, est attribué à l'atelier de Jean de Langeac, évêque humaniste et ambassadeur de François Ier auprès du pape. Sa composition — colonnes corinthiennes libres, entablement à frise sculptée de rinceaux et de candélabres, galerie à balustres — est une œuvre de grande qualité qui témoigne de la diffusion des formes Renaissance dans les cathédrales du Massif Central. Jean de Langeac, qui connaissait Rome et l'Italie pour y avoir séjourné comme diplomate, importa directement dans sa cathédrale limougeaude les formes qu'il avait vues dans les basiliques romaines.

À voir

Récit incarné

Limoges, Haute-Vienne. La cathédrale de granite — le seul matériau disponible en quantité dans le Massif Central. La cathédrale Saint-Étienne de Limoges, son portail Saint-Jean flamboyant, sa nef gothique hautes et sombres.

Et au fond de la nef, le jubé. Trois arcades en plein cintre portées par des colonnes corinthiennes de marbre blanc — une clarté, une légèreté qui contraste avec le granite sombre de la cathédrale. La Renaissance dans le gothique de granite.

Jean de Langeac l'a rapporté de Rome — cette façon de faire, ces colonnes, ces proportions. Il avait vu le sac de Rome en 1527, les soldats de Charles Quint détruire ce qu'il admirait. Il est revenu à Limoges et a construit — une façon de résister à la destruction par la création.

Lecture architecturale

Le jubé de Limoges est construit en calcaire blanc (calcaire de Chauvigny ou du Berry) contrastant avec le granite limousin de la cathédrale. Il présente trois arcades en plein cintre portées par quatre colonnes corinthiennes libres. L'entablement à frise sculptée de rinceaux et candélabres est couronné par une galerie à balustres.

Symboles à observer

1. Le contraste granite-calcaire : le granite noir de la cathédrale et le calcaire blanc du jubé. Deux matériaux, deux cultures, deux siècles.

2. Les colonnes corinthiennes libres : quatre colonnes rondes qui portent vraiment les arcades — pas des pilastres engagés, de vraies colonnes libres.

3. La frise sculptée : dans l'entablement, les rinceaux et les candélabres de la frise. Le vocabulaire ornementale de la Renaissance romaine dans le Limousin.

4. Le portail Saint-Jean : à l'extérieur, le portail gothique flamboyant du XIVe siècle — à comparer avec le jubé Renaissance de 1533. Deux siècles dans la même cathédrale.

Anecdote mémorable

Renoir (1841-1919), natif de Limoges, grandit dans l'ombre de la cathédrale Saint-Étienne. Son père était tailleur, sa famille habitait près du quartier de la Cité. L'enfant qui allait peindre la lumière impressionniste fut formé à la peinture sur porcelaine dans les ateliers limougeauds — la tradition de la couleur dans la matière qui vient de la même ville que le jubé Renaissance. Le jubé de calcaire blanc dans la cathédrale de granite noir — deux matières, deux lumières, comme les contrastes que Renoir aimera peindre.

Contexte historique dense

Limoges au XVIe siècle était une ville d'art — ses émailleurs (Léonard Limosin, Pierre Reymond) étaient réputés dans toute l'Europe. Jean de Langeac, évêque humaniste, s'inscrivait dans cette tradition de mécénat artistique. Son jubé (v.1533) fut commandé dans les mêmes années où Léonard Limosin peignait ses premiers émaux pour la cour royale.

Échos artistiques

Musique : Messe de Limoges(tradition liturgique médiévale) — le plain-chant de la cathédrale limougeaude. Peinture :Portrait de l'amiral de Chabot par Léonard Limosin (émail, v.1555, Louvre) — le chef-d'œuvre de l'émailleur limougeaud contemporain. Architecture : le Palais de l'Évêché de Limoges (dans l'ancien évêché) — la résidence de Jean de Langeac.

Pour aller plus loin

  • Musée des Beaux-Arts de Limoges (dans l'évêché) — les émaux de Limoges.
  • Oradour-sur-Glane (87, 25 km) — le village martyr du 10 juin 1944.
  • Solignac (87, 10 km) — l'abbaye romane aux chapiteaux sculptés.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Verbum bonum et suave
Jean Mouton · c.1500–1520

Le jubé de Limoges (v.1533) fut commandé par Jean de Langeac, ambassadeur de François Ier à Rome. Mouton, maître de chapelle royale, compose pour les évêques humanistes et les espaces de représentation liturgique de cette génération.

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