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Abbaye de Fontevraud — édifice religieux à Fontevraud-l'Abbaye (49), monument historique (Classé MH)

Monument

Abbaye de Fontevraud

XIIe s. (fondation) — cloître Renaissance 1521-1560·Religieux·Fontevraud-l'Abbaye (49)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Aliénor d'Aquitaine (v.1122-1204), reine de France puis d'Angleterre, est inhumée à Fontevraud avec son mari Henri II Plantagenêt et son fils Richard Cœur de Lion. Ses gisants polychromes (XIIIe siècle), rangés dans le chœur de l'abbatiale romane, sont parmi les plus beaux de France. Aliénor est représentée tenant un livre ouvert — peut-être un psautier, peut-être un roman. Les abbesses Renaissance du XVIe siècle, qui firent construire le cloître, vivaient dans l'ombre de cette reine légendaire. Leurs galeries Renaissance encerclaient la même cour que celle où les nonnes médiévales avaient marché pendant quatre siècles.

Histoire

Fontevraud, la plus grande abbaye de France encore debout, fut fondée en 1101 par Robert d'Arbrissel. Nécropole des Plantagenêts (Henri II, Aliénor d'Aquitaine, Richard Cœur de Lion y sont inhumés), elle connut son second âge d'or au XVIe siècle sous les abbesses de la maison de Bourbon-Vendôme. Le grand cloître Renaissance, construit entre 1521 et 1560, est l'un des programmes architecturaux les plus complets et les mieux conservés de la Renaissance ligérienne : galeries à colonnes doriques et ioniques superposées, chapiteaux sculptés, tympans ornés de médaillons à profils humanistes, fontaine centrale. L'abbesse Renée de Bourbon (1491-1534), cousine de François Ier, commanda ce cloître dans le goût de la cour royale de la Loire. La cuisine romane du XIIe siècle — avec ses tours-cheminées en forme d'écailles — coexiste avec ce cloître Renaissance dans un ensemble abbatial d'une richesse architecturale unique en France.

À voir

Récit incarné

Fontevraud-l'Abbaye, Maine-et-Loire. La Loire à quelques kilomètres, Saumur à vingt. Et cette abbaye — la plus grande de France — dont les murs blancs de tuffeau émergent au-dessus des arbres depuis la route.

Entrez dans l'abbatiale romane. Aliénor est là — son gisant polychrome, tenant son livre, les yeux ouverts sur l'éternité. Henri II à côté. Richard Cœur de Lion. Isabelle d'Angoulême. Quatre siècles de royauté plantagenêt dans la même nef.

Puis sortez dans le grand cloître. L'air change. La lumière change. Le tuffeau blanc des galeries Renaissance brille dans le soleil du Val de Loire. Les colonnes doriques du rez-de-chaussée, les colonnes ioniques du premier étage. Les médaillons à profils humanistes dans les tympans. La fontaine au centre. On est au XVIe siècle, dans la cour d'une abbesse cousine du roi.

Lecture architecturale

Le grand cloître de Fontevraud (1521-1560) présente deux niveaux de galeries en tuffeau de Loire. Le rez-de-chaussée est articulé par des arcades en plein cintre portées par des colonnes doriques libres. Le premier étage présente des pilastres ioniques entre les fenêtres. Les tympans des arcades sont ornés de médaillons circulaires à profils humanistes et de rinceaux sculptés. Les clefs d'arc portent les armes des abbesses qui financèrent la construction.

Symboles à observer

1. Les médaillons humanistes : dans les tympans des arcades, des bustes de profil en bas-relief — hommes et femmes de l'Antiquité ou contemporains. Le programme humaniste du XVIe siècle dans un cloître monastique.

2. Les armes des abbesses : dans les clefs d'arc et les consoles, les armes des abbesses Bourbon-Vendôme. Cherchez les fleurs de lis des Bourbon et les tours des Vendôme.

3. La cuisine romane : les tours-cheminées en écailles de poisson du XIIe siècle, visibles depuis le cloître. Le roman et la Renaissance dans le même espace de regard.

4. Les gisants plantagenêts : dans le chœur de l'abbatiale, les gisants d'Aliénor, Henri II, Richard et Isabelle — la mémoire dynastique médiévale que les abbesses Renaissance administraient.

Anecdote mémorable

Napoléon transforma Fontevraud en prison centrale en 1804 — elle le resta jusqu'en 1963. Les cellules furent installées dans les dortoirs monastiques, les ateliers de travail dans les galeries Renaissance. Les bagnards marchaient sous les colonnes doriques où les nonnes médiévales avaient prié. Jean Genet, qui purgea plusieurs peines à Fontevraud, en fit le décor de son roman Miracle de la Rose (1946). La prison ferma. L'abbaye Renaissance ressuscita.

Contexte historique dense

Fontevraud au XVIe siècle était gouvernée par des abbesses de la maison de Bourbon-Vendôme — des princesses de sang royal qui administraient l'une des communautés religieuses les plus riches de France. Renée de Bourbon (abbesse 1491-1534), Louise de Bourbon (1534-1575) et leurs successeures commandèrent les grands travaux Renaissance en s'inspirant directement des chantiers royaux de la Loire.

Échos artistiques

Musique : Polyphonie des abbesses(chant grégorien et polyphonie du XVIe siècle) — la tradition musicale de Fontevraud. Peinture :Portrait d'Aliénor d'Aquitaine (miniature médiévale) — la reine inhumée à Fontevraud. Architecture : l'abbaye de Saint-Florent-le-Vieil (49) — l'abbaye bénédictine voisine de la Loire.

Pour aller plus loin

  • Saumur (49, 15 km) — le château de Saumur et son musée d'arts décoratifs.
  • Chinon (37, 20 km) — le château royal et la mémoire de Jeanne d'Arc.
  • Candes-Saint-Martin (37, 5 km) — la collégiale gothique au confluent de la Loire et de la Vienne.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Requiem / Missa pro defunctis
Jean Richafort · c.1490–1530

Fontevraud est la nécropole des Plantagenêts (UNESCO) : le Requiem de Jean Richafort, contemporain du cloître Renaissance (1521-1560), est une œuvre funèbre d'une profondeur adaptée à ce mausolée royal. Richafort était actif à Paris dans les années 1520-1530, contemporain des travaux.

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