
« Lord, open the King of England's eyes! »
Contributions & œuvres
William Tyndale est l'homme qui a donné à l'anglais sa Bible. Humaniste formé à Oxford, lecteur d'Érasme, il conçoit le projet interdit de traduire les Écritures dans la langue du peuple, directement depuis l'hébreu et le grec et non depuis le latin. Refusé en Angleterre, il s'exile sur le continent : son Nouveau Testament anglais paraît à Worms en 1526 et entre clandestinement dans le royaume, caché dans des ballots de drap. Il traduit ensuite le Pentateuque et d'autres livres de l'Ancien Testament. Traqué par les agents d'Henri VIII et de l'Église, il est trahi à Anvers, emprisonné au château de Vilvorde, puis étranglé et brûlé en 1536. Son œuvre, condamnée de son vivant, deviendra le socle de toutes les versions anglaises ultérieures : la Bible du roi Jacques de 1611 reprend, pour une large part de son Nouveau Testament, la prose même de Tyndale.
Anecdote mémorable
Pris à partie par un ecclésiastique qui tenait pour inutile de mettre la Bible aux mains des ignorants, Tyndale aurait répliqué, selon le martyrologe John Foxe, que si Dieu lui prêtait vie il ferait en sorte qu'un garçon tenant la charrue en sache davantage sur l'Écriture que son contradicteur. La promesse fut tenue au-delà de sa mort. Étranglé au poteau de Vilvorde avant d'être brûlé, il lança, toujours selon Foxe, une dernière prière pour le roi qui l'avait condamné.
Influences reçues
L'humanisme d'Érasme, qui publia le Nouveau Testament grec en 1516 et appelait de ses vœux une Écriture lue par tous, est sa source première. La théologie de Luther, qu'il rencontre dans son exil allemand, marque sa pensée réformée ; sa méthode philologique procède de la redécouverte humaniste des langues anciennes.
Influences exercées
Il fonde la tradition de la Bible anglaise : Coverdale, la Great Bible, la Bible de Genève et surtout la King James Version héritent directement de sa prose. Au-delà du religieux, il façonne durablement le vocabulaire et le rythme de la langue anglaise, et inspire la revendication protestante d'un accès direct et personnel aux Écritures.
Importance historique
Peu d'hommes ont marqué une langue avec autant de force sans gloire de leur vivant. En forgeant une prose biblique anglaise claire, rythmée, destinée à être lue par le laboureur comme par le lettré, Tyndale a façonné l'anglais moderne presque autant que Shakespeare. Des expressions qu'il invente ou fixe — « the powers that be », « the salt of the earth », « let there be light », « my brother's keeper » — appartiennent au trésor commun de la langue, souvent sans qu'on sache qu'elles viennent de lui. On estime que la Bible du roi Jacques conserve une très large proportion de ses formulations. Mais son audace fut aussi un défi politique : traduire l'Écriture, c'était la soustraire au monopole du clergé et la remettre entre les mains de chacun. Ce geste, que le pouvoir jugea séditieux, lui coûta la vie. Il meurt en martyr en 1536, à l'étranger, sans savoir que deux ans plus tard une Bible anglaise — nourrie de son travail — serait placée par ordre royal dans chaque église du royaume. Sa part d'ombre tient à son intransigeance de polémiste, dur envers ses adversaires ; sa lumière, à la ténacité d'un homme qui misa sa vie sur une phrase mise à portée de tous.
