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✦ Illustre ✦

Veit Stoss

Sculpteur

Nuremberg

Sur les pas de Veit Stoss — ses œuvres & ses lieux sur la carte →

« Avec le retable de Cracovie, le plus vaste triptyque de son temps, Stoss fit du tilleul une matière vibrante, charnelle, presque baroque. »

Contributions & œuvres

Veit Stoss, né vers 1447 dans le sud de l'Allemagne et formé dans la tradition du Rhin supérieur, accède à la maîtrise avant de s'établir à Nuremberg en 1473, où il épouse et ouvre un atelier. Sculpteur surtout sur bois, il incarne avec Riemenschneider le sommet de la statuaire allemande entre gothique tardif et Renaissance du Nord, maître d'un art véhément, aux drapés tourmentés et aux visages intensément expressifs.

Dès 1477, il quitte Nuremberg pour Cracovie, où il travaille près de vingt ans. Il y taille son œuvre la plus monumentale : le grand retable de l'église Notre-Dame (Mariacki), exécuté entre 1477 et 1489, le plus vaste triptyque de son temps. Sur plus de douze mètres de haut, la Dormition de la Vierge déploie des apôtres aux gestes bouleversés, grandeur nature, d'un réalisme physique et d'une puissance dramatique inouïs. À Cracovie, Stoss sculpte aussi le tombeau de marbre du roi Casimir IV Jagellon, preuve de sa stature internationale. Son nom y est polonisé en Wit Stwosz, et la Pologne le revendique aujourd'hui comme l'un de ses grands artistes.

De retour à Nuremberg vers 1496, il donne ses chefs-d'œuvre de la maturité : la Salutation angélique (Englischer Gruß, 1517-1518) de l'église Saint-Laurent, couronne de roses dorées suspendue dans le chœur, commandée par Anton Tucher — qui fit expertiser l'œuvre par Dürer avant d'en régler le prix. Stoss y pousse l'art du tilleul, souvent laissé sans polychromie, vers une virtuosité presque immatérielle.

L'ombre, chez lui, est spectaculaire. Peu après avoir recouvré sa bourgeoisie de Nuremberg, il est arrêté en 1503 pour avoir falsifié le sceau et la signature d'un contrat, à la suite d'un placement ruineux. Condamné à mort, il est gracié mais marqué au fer rouge sur les deux joues — flétrissure infamante pour un maître couvert d'honneurs. Homme difficile, procédurier, il traîne ensuite une réputation sulfureuse et des démêlés incessants. Son tempérament emporté, qui transparaît dans la violence expressive de ses figures, lui valut autant d'ennuis que d'admirateurs.

Il n'en continue pas moins de sculpter jusqu'à un âge très avancé, bien au-delà de quatre-vingts ans, mourant à Nuremberg en 1533. Génie dérangeant, à la fois adulé et flétri, Veit Stoss laisse une œuvre qui électrise le gothique finissant d'une émotion presque baroque : nul avant lui n'avait fait du bois une matière aussi vibrante, aussi charnelle, aussi habitée.

Anecdote mémorable

Avant de payer la Salutation angélique de Saint-Laurent, le riche marchand Anton Tucher demanda à Albrecht Dürer en personne d'expertiser l'ouvrage pour en fixer le juste prix : jugement d'artiste à artiste, au sommet de la Nuremberg de la Renaissance.

Influences reçues

Formé dans la tradition du gothique tardif du Rhin supérieur, parfois rapproché de l'atelier de Nicolas de Leyde ; en dialogue, à Nuremberg, avec le milieu d'Albrecht Dürer et des grands commanditaires patriciens.

Influences exercées

Modèle majeur de la sculpture sur bois germanique et d'Europe centrale ; son retable de Cracovie fait école en Pologne, où il est revendiqué sous le nom de Wit Stwosz comme un maître national.

Importance historique

L'un des plus grands sculpteurs sur bois de la Renaissance du Nord, auteur du retable monumental de Notre-Dame de Cracovie et de la Salutation angélique de Nuremberg, maître d'un expressionnisme dramatique inégalé.

Œuvres (2)

Monuments associés (6)