
Contributions & œuvres
Riche négociant, poète à ses heures, esprit vif et hôte généreux, Roemer Visscher fut une figure centrale du premier âge d'or littéraire d'Amsterdam. Sa maison fut un salon où se croisaient les meilleurs esprits ; et son legs le plus précieux fut peut-être ses deux filles, Anna et Tesselschade, qu'il éleva comme peu de pères osaient élever leurs filles.
Le marchand-poète et son salon
Né à Amsterdam en 1547, Roemer Visscher fit fortune dans le commerce et l'assurance maritime, activité florissante d'une ville en plein essor. Homme cultivé, il consacra ses loisirs aux lettres : membre de la chambre de rhétorique « De Eglentier », il écrivit des épigrammes, des quatrains satiriques et des chansons d'un ton léger et mordant qui lui valurent le surnom de « Martial hollandais », du nom du poète romain des épigrammes. Sa maison, sur le Geldersekade puis le Singel, devint l'un des premiers grands salons littéraires d'Amsterdam : on y voyait Hooft, Bredero, le poète-humaniste Spiegel, toute une jeunesse de talent. Riche, libéral, curieux, Visscher fut un mécène et un rassembleur plus qu'un grand créateur.
Les emblèmes, les filles — et sa part d'ombre
Son œuvre la plus connue est un livre d'emblèmes, les Sinnepoppen (1614) : des gravures accompagnées de devises et de brefs commentaires moraux, souvent tirés d'objets du quotidien hollandais, dans le goût du temps. Charmant, spirituel, le recueil n'a pourtant pas la portée des grandes œuvres du siècle : là est la part d'ombre de Visscher, poète aimable mais mineur, dont le nom aurait pu s'effacer. S'il demeure, c'est en grande partie pour deux raisons qui ne sont pas de sa plume. D'abord son rôle de passeur et d'hôte, au cœur du réseau qui allait produire Hooft et Bredero. Ensuite et surtout, l'éducation qu'il donna à ses filles : au lieu de les cantonner au ménage, il leur fit apprendre les langues, la musique, la poésie, la gravure sur verre. Anna Roemers Visscher et Maria Tesselschade devinrent deux des femmes les plus lettrées de leur temps. Le poète mineur fut un père majeur.
Infos / repères
Roemer Visscher naquit et mourut à Amsterdam (1547-1620). Marchand prospère et poète surnommé le « Martial hollandais », auteur des emblèmes Sinnepoppen (1614), il tint l'un des premiers salons littéraires d'Amsterdam et fut le père des poétesses Anna Roemers Visscher et Maria Tesselschade.
Anecdote mémorable
Roemer Visscher donna à sa fille cadette un prénom unique au monde : Tesselschade. Il commémorait ainsi un désastre — le naufrage, au large de l'île de Texel (« Tessel »), de navires marchands dans lesquels il avait perdu une partie de sa fortune l'année de sa naissance (« schade » signifie le dommage, la perte). L'enfant portait donc, en son nom même, la mémoire d'un malheur commercial de son père — devenue, par un juste retour, l'une des femmes les plus admirées de l'âge d'or.
Importance historique
Riche négociant, poète à ses heures, esprit vif et hôte généreux, Roemer Visscher fut une figure centrale du premier âge d'or littéraire d'Amsterdam. Sa maison fut un salon où se croisaient les meilleurs esprits ; et son legs le plus précieux fut peut-être ses deux filles, Anna et Tesselschade, qu'il éleva comme peu de pères osaient élever leurs filles.
