✦ Illustre ✦
Piero di Cosimo
peintre
Contributions & œuvres
Élève de Cosimo Rosselli — dont il prit le prénom en signe de dévotion —, Piero se forme sur les chantiers de la chapelle Sixtine avant de suivre sa voie propre, à l'écart des ateliers. Il excelle dans les grandes scènes mythologiques et allégoriques que la Florence cultivée s'arrache pour orner ses palais : « la Forêt en feu », les récits de l'humanité primitive, où bêtes, satyres et premiers hommes vivent dans une nature grandiose et inquiète. Portraitiste aussi, il laisse l'image énigmatique de Simonetta Vespucci, la belle Florentine, en profil idéal, un serpent enroulé au cou — aujourd'hui à Chantilly. Strasbourg conserve son « Mythe de Prométhée », où la création de l'homme prend des couleurs de conte. Chez Piero, le savoir antique devient songe, et la mythologie, un théâtre de l'imaginaire.
Anecdote mémorable
Vasari en a laissé un portrait inoubliable : Piero vivait en ermite, terrorisé par le feu, le tonnerre et les mouches, se nourrissant d'œufs durs qu'il faisait bouillir par dizaines en même temps qu'il cuisait sa colle, pour ne pas perdre de temps. Il laissait pousser son jardin en friche et regardait, dit-on, les taches des vieux murs pour y voir des batailles et des cités fantastiques.
Influences reçues
L'atelier de Cosimo Rosselli, la lumière et le paysage de la peinture flamande qu'il admire, et les débats humanistes florentins sur les origines du monde et de l'homme.
Influences exercées
Maître d'Andrea del Sarto et de Pontormo, il transmet son goût de l'invention libre à la génération maniériste ; ses mythologies fascineront jusqu'aux surréalistes.
Importance historique
Dans la Florence de la raison et de la mesure, Piero di Cosimo est le rêveur, le fantasque, l'inclassable. Là où ses contemporains cherchent l'harmonie, lui invente des mondes : forêts en feu, mythes des premiers âges de l'humanité, créatures mi-hommes mi-bêtes, cortèges étranges peuplés d'une poésie qui n'appartient qu'à lui. Il est l'imagination pure de la Renaissance, celui qui prouve qu'au siècle des règles, un peintre pouvait encore rêver tout haut. Son génie visionnaire, longtemps jugé bizarre, fascine aujourd'hui comme l'un des plus libres qui soient.


