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Le Mythe de Prométhée, Piero di Cosimo

✦ Peinture ✦

Le Mythe de Prométhée

Piero di Cosimo

Faire le puzzle de l'œuvre
Question du jour

Selon Vasari, quel était l'une des excentricités culinaires les plus singulières de Piero di Cosimo ?

Devant l'œuvre

Laissez-vous d'abord dérouter par l'étrangeté de ce paysage — c'est voulu. Vous êtes devant Piero di Cosimo, sans doute le plus singulier des peintres florentins de la Renaissance, un homme dont on disait qu'il vivait en sauvage, entouré d'animaux. Et ce tableau raconte précisément les origines du monde. Ne cherchez pas une seule scène : lisez-le comme une bande dessinée, de gauche à droite. Regardez à gauche : Prométhée achève une statue d'argile — c'est le premier homme, qu'il vient de modeler. Suivez maintenant vers le centre : le voici qui s'élève vers le char du Soleil pour y dérober le feu, ce feu qu'il va offrir aux hommes. Et à droite, voyez la punition : Prométhée enchaîné, menacé par un aigle. Car voler le feu aux dieux ne reste jamais impuni. Repérez aussi, au milieu, cette assemblée de figures : parmi elles, Pandore, envoyée par Zeus. Sachez que ce panneau avait un frère jumeau, aujourd'hui conservé à Munich : les deux racontaient ensemble toute l'histoire. Ce que Piero met en scène ici, au fond, c'est la naissance de la civilisation — le moment où l'homme reçoit le feu, et avec lui les arts, les techniques, mais aussi les malheurs. Prenez le temps de goûter cette atmosphère de commencement du monde : peu de peintres ont su rendre, comme lui, l'air des premiers âges. Et dites-vous bien, en quittant ce tableau, qu'il avait un jumeau : son pendant se trouve aujourd'hui à Munich. Séparés par le hasard des collections, les deux panneaux racontaient autrefois ensemble, d'un bout à l'autre, le destin de celui qui osa donner le feu aux hommes.

Histoire de l'art — Contexte & Singularité

Piero di Cosimo occupe une place à part dans la peinture florentine du tournant du XVᵉ et du XVIᵉ siècle. Formé auprès de Cosimo Rosselli, dont il prit le prénom en guise de nom, il traversa l'âge d'or de Botticelli et de Léonard sans s'y fondre, développant une manière rétive aux classifications. Ses cycles mythologiques — histoires de Prométhée, de Vulcain, scènes de l'humanité primitive — constituent le cœur de son originalité : il y invente un monde des origines, peuplé de figures mi-sauvages, de paysages désolés et d'animaux étranges, qui n'a d'équivalent chez aucun de ses contemporains. Ces panneaux narratifs se rattachent au genre de la peinture de mobilier et de décor profane, très prisé dans la Florence des grandes familles, qui offrait aux artistes une liberté d'invention que le retable religieux leur refusait. La source de ces récits était la mythologie antique relue par les humanistes, notamment la Généalogie des dieux de Boccace, manuel qui mettait les fables païennes à la portée des lettrés. Daté vers 1515, le Prométhée de Strasbourg appartient à la pleine maturité de Piero ; son pendant de Munich confirme qu'il s'agissait d'un ensemble cohérent, pensé comme une suite narrative. Longtemps marginalisé, Piero di Cosimo a été redécouvert par la critique du XXᵉ siècle, qui a su reconnaître dans son étrangeté non une bizarrerie, mais une voix singulière de la Renaissance, attentive aux commencements et aux métamorphoses. Son art, où l'observation naturaliste se mêle à l'imaginaire le plus libre, le situe à la lisière du rationalisme renaissant et d'une rêverie plus archaïque.

Symbolisme & lecture iconographique

Prométhée est, dans toute la tradition, la figure fondatrice de la technique humaine et de la révolte contre les dieux. En façonnant l'homme avec de l'argile puis en lui donnant le feu dérobé au ciel, il arrache l'humanité à l'animalité et la dote des arts ; mais il paie son audace du châtiment éternel, enchaîné et livré à l'aigle. Son mythe condense ainsi l'ambivalence de la civilisation : le feu permet la cuisson, l'artisanat, la métallurgie — et la guerre ; il est à la fois don et faute. Le panneau de Strasbourg met en image cette ambivalence par sa structure même, qui fait se succéder la création, le vol du feu et la punition : l'ascension et la chute, le don et la peine. La présence de Pandore, envoyée par Zeus, ajoute une autre strate de sens — elle est, dans le mythe, l'instrument par lequel les maux se répandent parmi les hommes, contrepartie du feu reçu. Au-delà du récit antique, la Renaissance lisait souvent Prométhée comme une figure de l'artiste et du créateur : celui qui, à l'image des dieux, donne forme à la matière et vie à son œuvre. Piero di Cosimo, peintre des origines, était particulièrement sensible à ce moment de transition entre la nature brute et l'ordre humain : son Prométhée n'est pas seulement l'illustration d'une fable, mais une méditation sur la naissance de la civilisation, sur ce que l'homme gagne et ce qu'il risque en se faisant, par la technique, l'égal des dieux.

Analyse des émotions

Une étrangeté profonde se dégage de ce paysage. On a le sentiment d'assister à un commencement du monde — un espace antérieur à l'histoire, où l'homme sort tout juste de l'argile et où les dieux sont encore proches. Cette qualité d'air primitif, de temps d'avant le temps, touche à quelque chose d'enfoui : les origines, le seuil entre la nature sauvage et la civilisation naissante. La succession des scènes — la création, l'audace, le châtiment — imprime au regard un mouvement grave, presque solennel. Et sur l'ensemble flotte la poésie singulière de Piero di Cosimo, faite d'inquiétude et d'émerveillement, qui donne à ce mythe la fraîcheur d'une rêverie sur les commencements.

Secrets & mystères

Le panneau de Strasbourg ne se comprend pleinement qu'avec son pendant de l'Alte Pinakothek de Munich : les deux tableaux formaient à l'origine une même suite narrative, aujourd'hui séparée par l'histoire des collections. L'attribution à Piero di Cosimo et la datation vers 1515 sont généralement admises, bien que certaines notices mentionnent encore une attribution prudente. La source du programme est la mythologie antique relue par les humanistes, en particulier la Généalogie des dieux de Boccace. Le format allongé et la fonction décorative du panneau — élément d'un décor fixe ou de mobilier d'apparat — expliquent le déroulé en frise des épisodes. Le rapprochement précis entre les scènes des deux panneaux et leur ordre de lecture a fait l'objet de discussions érudites, le récit ne se lisant pas toujours linéairement d'un tableau à l'autre.

Le saviez-vous ?

Dans ses Vies des artistes, Giorgio Vasari dresse de Piero di Cosimo le portrait de l'un des personnages les plus extravagants de Florence. Il le dit « fantasque, bizarre et mélancolique au-delà de tout », et raconte qu'il refusait de tailler les arbres de son jardin, se terrait pendant les orages qu'il redoutait, et se nourrissait d'œufs durs qu'il cuisait par dizaines en même temps que sa colle, pour ne pas rallumer son feu. Vraies ou embellies, ces anecdotes ont contribué à forger la figure de l'artiste génial et marginal, différent du commun des hommes.

Sources

  1. 1.Le Mythe de Prométhée (Piero di Cosimo) — Wikipédia
  2. 2.The Myth of Prometheus (Piero di Cosimo) — Wikipedia
  3. 3.Piero di Cosimo, Le mythe de Prométhée (AGORHA / INHA)

Le peintre

👤

Piero di Cosimo

Florence, 1462 – Florence, 1522

Peintre florentin, l'esprit le plus imaginatif et le plus singulier de sa génération.

Rôle : peintre

Élève de Cosimo Rosselli — dont il prit le prénom en signe de dévotion —, Piero se forme sur les chantiers de la chapelle Sixtine avant de suivre sa voie propre, à l'écart des ateliers. Il excelle dans les grandes scènes mythologiques et allégoriques que la Florence cultivée s'arrache pour orner ses palais : « la Forêt en feu », les récits de l'humanité primitive, où bêtes, satyres et premiers hommes vivent dans une nature grandiose et inquiète.

Le Mythe de ProméthéePortrait de Simonetta Vespucci

Portraitiste aussi, il laisse l'image énigmatique de Simonetta Vespucci, la belle Florentine, en profil idéal, un serpent enroulé au cou — aujourd'hui à Chantilly. Strasbourg conserve son « Mythe de Prométhée », où la création de l'homme prend des couleurs de conte. Chez Piero, le savoir antique devient songe, et la mythologie, un théâtre de l'imaginaire.

Origine : Florence

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