
✦ Illustre ✦
Maria Tesselschade Visscher
poétesse & graveuse sur verre
Contributions & œuvres
De toutes les femmes de l'âge d'or néerlandais, elle est peut-être la plus attachante : Maria Tesselschade Visscher, la cadette de Roemer Visscher, fut à la fois poétesse, musicienne, graveuse sur verre — et l'âme même du Muiderkring, ce cercle des meilleurs esprits du siècle qui la traitèrent non en ornement, mais en égale. Sa vie mêle l'éclat de l'esprit et la douleur des deuils.
La muse et l'artiste
Née à Amsterdam en 1594, Tesselschade — au prénom né d'un naufrage de son père (« dommage de Texel ») — reçut la même brillante éducation que sa sœur aînée : langues, musique, chant, poésie, gravure sur verre. Mais elle y ajouta un charme, un esprit et une vivacité qui firent d'elle, plus qu'une femme savante, une véritable présence intellectuelle. Au Muiderslot de P. C. Hooft, elle fut la figure féminine centrale : les plus grands — Hooft, Vondel, le savant Barlaeus, Constantijn Huygens — lui vouèrent une admiration et une amitié tendres, lui adressèrent d'innombrables poèmes, sollicitèrent ses avis, la traitèrent en pair. Poétesse d'un talent délicat (elle laissa des sonnets, des chansons, une traduction de la Jérusalem délivrée du Tasse aujourd'hui perdue), graveuse sur verre comme sa sœur, elle brilla dans un monde d'hommes qui, pour une fois, l'accueillit pleinement.
Les deuils, la conversion — et sa part d'ombre
La lumière de sa vie sociale contraste avec l'ombre de sa vie privée. Mariée en 1623 à Allard Crombalch, elle connut, coup sur coup, une série de deuils déchirants : la mort d'une fille, puis, en 1634, la mort quasi simultanée de son mari et d'une autre fille. Ces malheurs, chantés par ses amis poètes qui tentèrent de la consoler en vers, marquèrent le reste de son existence. Sa part d'ombre fut aussi une rupture : vers 1641, protestante d'origine, Tesselschade se convertit au catholicisme — geste hardi et mal vu dans la République calviniste, qui refroidit certaines de ses amitiés (le strict Huygens tenta en vain de l'en dissuader). Comme sa sœur, comme presque toutes les femmes de talent de son temps, elle laissa peu d'œuvres écrites : sa poésie nous est en grande partie connue par ce que ses amis en citèrent ou par les vers qu'ils lui adressèrent. Elle survit ainsi surtout dans le reflet de l'admiration des autres — muse autant qu'artiste, et l'on peine parfois à distinguer sa voix propre de l'écho qu'elle suscita. Mais cet écho, unanime et durable, dit assez ce qu'elle fut : l'esprit le plus rare de sa génération.
Infos / repères
Maria Tesselschade Visscher naquit à Amsterdam en 1594 et mourut en 1649. Fille cadette de Roemer Visscher, poétesse, musicienne et graveuse sur verre, elle fut la figure féminine centrale du Muiderkring, admirée de Hooft, Vondel et Huygens. Éprouvée par les deuils, elle se convertit au catholicisme vers 1641.
Anecdote mémorable
À la mort du mari et de la fille de Tesselschade, en 1634, ses amis poètes du cercle de Muiden lui adressèrent une pluie de poèmes de consolation — un véritable concours d'amitié en vers. Ce fut l'un des plus beaux témoignages de l'estime où la tenaient les plus grands : non pas des galanteries de circonstance, mais l'hommage sincère de toute une élite lettrée à une femme qu'elle jugeait son égale. Peu de femmes de son siècle furent aimées et admirées avec cette ferveur par les esprits les plus exigeants de leur temps.
Importance historique
De toutes les femmes de l'âge d'or néerlandais, elle est peut-être la plus attachante : Maria Tesselschade Visscher, la cadette de Roemer Visscher, fut à la fois poétesse, musicienne, graveuse sur verre — et l'âme même du Muiderkring, ce cercle des meilleurs esprits du siècle qui la traitèrent non en ornement, mais en égale. Sa vie mêle l'éclat de l'esprit et la douleur des deuils.
