
✦ Illustre ✦
Dirck Jacobsz.
peintre (portraitiste)
Contributions & œuvres
Il hérita d'un atelier, d'un nom et d'une ville en pleine ascension — et il en fixa les visages. Fils de Jacob Cornelisz. van Oostsanen, Dirck Jacobsz. délaissa les grands retables pour un genre plus moderne et plus lucratif : le portrait. Sous son pinceau défile toute une génération de marchands, de banquiers et de gardes civiques de l'Amsterdam de la première Renaissance.
Le peintre des notables
Formé par son père, Dirck Jacobsz. sut aussi regarder ailleurs : la manière italianisante et maniériste de Jan van Scorel, revenu d'Italie et de Rome, marqua profondément son art du portrait, lui donnant une gravité et une présence nouvelles. Son chef-d'œuvre de ce genre est le portrait de Pompeius Occo (v.1531, Rijksmuseum) : le riche agent des Fugger y paraît en manteau de fourrure, un œillet rouge à la main, l'autre posée sur un crâne — la prospérité et la mort dans le même cadre, l'œillet disant l'espérance de la vie éternelle et le crâne la vanité de toute chose. C'est l'un des grands portraits humanistes des Pays-Bas du Nord, où le modèle, le peintre et le mécène appartiennent tous au même cercle amstellodamois.
L'inventeur du portrait de milice
Dirck Jacobsz. tient aussi une place de pionnier dans une tradition typiquement néerlandaise. Dès 1529, il peignit un groupe d'arbalétriers de la garde civique — tenu pour le premier portrait de milice de l'histoire néerlandaise, ce genre du schutterstukqui culminera un siècle plus tard avec laRonde de nuit. Deux de ses portraits de gardes civiques sont aujourd'hui à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, d'autres au Rijksmuseum. En alignant ces bourgeois en armes, il inventait la manière de peindre une communauté d'égaux — non un prince, mais une compagnie de citoyens.
La part d'ombre
Portraitiste recherché, Dirck Jacobsz. fut aussi prisonnier de son emploi. Il répète des formules — la pose de trois quarts, le fond neutre, le vêtement noir cossu — avec une régularité d'artisan plus que d'inventeur, et sa dette envers Scorel est telle que certaines de ses œuvres ont longtemps flotté entre les deux noms. Il ne fut ni un novateur de la couleur comme les Haarlémois qui viendraient, ni un esprit européen comme Lucas de Leyde : il fut le bon peintre d'une ville de marchands, appliqué à leur ressembler. Sa force — la fidélité, la sobriété, la dignité bourgeoise — est aussi sa limite. Il fut enterré en 1567 à l'Oude Kerk, dans la ville dont il avait peint tant de visages.
Anecdote mémorable
Le trio est presque une affaire de famille et de quartier : le mécène Pompeius Occo protégeait l'atelier du père, Oostsanen ; et c'est le fils, Dirck Jacobsz., qui peignit le portrait le plus célèbre d'Occo. Trois hommes, une même paroisse, un même Rijksmuseum aujourd'hui pour les réunir.
Importance historique
Il hérita d'un atelier, d'un nom et d'une ville en pleine ascension — et il en fixa les visages. Fils de Jacob Cornelisz. van Oostsanen, Dirck Jacobsz. délaissa les grands retables pour un genre plus moderne et plus lucratif : le portrait. Sous son pinceau défile toute une génération de marchands, de banquiers et de gardes civiques de l'Amsterdam de la première Renaissance.

