Sur les pas de Andrea del Sarto — ses œuvres & ses lieux sur la carte →
« « Senza errori » — sans fautes : ainsi Vasari résuma l'art de son maître. »
Contributions & œuvres
Fils d'un tailleur florentin — le sarto qui lui donna son surnom —, Andrea d'Agnolo fut de son vivant l'un des peintres les plus admirés de Florence, au point que Giorgio Vasari, qui fut son élève, le qualifia de peintre « senza errori », sans fautes. La formule dit tout de l'homme : une maîtrise si souveraine du dessin, de la couleur et de la composition qu'aucune maladresse ne venait jamais rompre l'équilibre de ses tableaux.
Le maître du sfumato florentin
Dès 1509, le jeune Andrea reçoit sa première grande commande publique : les fresques de l'atrium de l'église de la Santissima Annunziata, consacrées à la vie de saint Filippo Benizzi, qu'il complète d'une Nativité de la Viergeet d'une célèbreMadone au sac. Dans le cloître du Chiostro dello Scalzo, il peint presque seul, de 1511 à 1526, un cycle en grisaille consacré à saint Jean-Baptiste, chef-d'œuvre de monochrome dont la noblesse plastique fit école. Son tableau d'autel, la Madone aux harpies (1517, aujourd'hui aux Offices), passe pour son sommet : une pyramide humaine d'une douceur et d'une plénitude que ses contemporains jugèrent irréprochables. Autour de lui s'ouvre l'un des plus féconds ateliers de la ville : Pontormo, Rosso Fiorentino puis Vasari lui-même y passent, et de son art sortira une bonne part du maniérisme florentin.
L'appel de la cour de France
Sa renommée franchit les Alpes. En 1518, Andrea répond à l'invitation de François Iᵉʳ et gagne la France, où il peint pour le roi une Charité (Louvre) et reçoit faveurs et commandes. L'accueil est brillant ; son séjour, prometteur.
Un génie bridé ?
C'est ici que naît la part d'ombre. Selon Vasari, François Iᵉʳ, satisfait, renvoie Andrea en Italie avec de l'argent royal pour y acheter des œuvres d'art destinées à Fontainebleau. Mais le peintre, rappelé par sa femme Lucrezia, aurait employé les fonds à ses propres affaires — jusqu'à se bâtir une maison — et n'osa jamais reparaître devant le roi. Vrai ou enjolivé, l'épisode fixa une légende tenace : celle d'un talent parfait mais sans audace, d'un maître que sa timidité et une épouse encombrante auraient empêché de rivaliser avec Léonard, Raphaël ou Michel-Ange. Les historiens modernes nuancent fortement ce portrait, rappelant combien Vasari chargea le trait et combien l'art d'Andrea fut, lui, sans concession.
Reste une œuvre d'une tenue admirable, et un destin devenu matière littéraire : trois siècles plus tard, le poète anglais Robert Browning en tira l'un de ses plus célèbres monologues, Andrea del Sarto (Called « The Faultless Painter »), méditation sur le drame d'une perfection sans flamme. Andrea mourut de la peste à Florence en 1530, à quarante-quatre ans.
Anecdote mémorable
Vasari raconte que François Iᵉʳ confia à Andrea de l'argent pour acheter en Italie des œuvres destinées à Fontainebleau ; rappelé par sa femme Lucrezia, le peintre aurait dépensé les fonds royaux pour lui-même et n'osa jamais retourner en France. L'épisode inspira trois siècles plus tard le célèbre poème de Robert Browning, « Andrea del Sarto, le peintre sans fautes ».
Influences reçues
Formé dans le sillage de Léonard de Vinci, dont il reprit le sfumato, il regarda aussi Raphaël, Michel-Ange et la peinture vénitienne pour la richesse de sa couleur.
Influences exercées
Son atelier florentin forma les premiers maniéristes : Pontormo et Rosso Fiorentino s'y révélèrent, et le jeune Giorgio Vasari — son biographe — y fit son apprentissage.
Importance historique
Figure centrale de la Haute Renaissance florentine, Andrea del Sarto porta à son équilibre parfait l'héritage de Léonard et de Raphaël. Son enseignement fut le berceau du maniérisme, et son art, longtemps jugé « sans fautes », est aujourd'hui réévalué comme l'un des plus accomplis de son temps.

