Église Sainte-Madeleine de Troyes
Troyes (Aube (10)) · XIIe-XVIIIe siècle (jubé Renaissance 1508-1517, sous Louis XII)
À propos
Histoire
L'église Sainte-Madeleine de Troyes est la plus ancienne église de Troyes — fondée au XIIe siècle, antérieure même à la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Mais sa renommée internationale tient à un chef-d'œuvre absolu : son jubé Renaissance en pierre sculptée, œuvre de Jean Gailde (1508-1517), considéré comme l'un des plus beaux jubés Renaissance subsistant en France — avec ceux d'Albi (cathédrale Sainte-Cécile) et de Saint-Étienne-du-Mont (Paris, voir exclusions).
L'édifice fut construit entre le XIIe et le XVIIIe siècle, dans un patchwork stylistique caractéristique des églises troyennes : roman primitif pour les fondations, gothique pour le chœur (XIIIe siècle), gothique flamboyant pour la nef (XVe), Renaissance pour le jubé et le mobilier (XVIe), classique pour les chapelles latérales (XVIIe-XVIIIe).
Le jubé Renaissance de Jean Gailde (1508-1517) déploie une virtuosité technique stupéfiante sur pierre calcaire de Tonnerre : trois arcs en anse de panier soutenus par deux piles octogonales, balustrade ajourée à arcatures Renaissance, niches à dais à statues d'apôtres, médaillons à profil antique, rinceaux d'acanthes, putti, frises à grotesques. La délicatesse du travail — la pierre est sculptée en dentelle, certaines parties ne dépassant pas 2-3 millimètres d'épaisseur — est inégalée dans l'art Renaissance français.
Le jubé survécut miraculeusement aux destructions tridentines (la plupart des jubés français furent démolis aux XVIIe-XVIIIe siècles sur ordre du concile de Trente, pour rapprocher les fidèles du chœur liturgique). À Troyes, les paroissiens refusèrent de démolir leur jubé, le considérant comme œuvre d'art absolue à préserver — fait rarissime.
À voir absolument
- Le jubé Renaissance de Jean Gailde (1508-1517), l'un des plus beaux subsistant en France
- Les statues d'apôtres sculptées dans les niches du jubé, polychromées
- Les médaillons à profil antique ornant les piédroits du jubé
- Les vitraux Renaissance du chœur (XVIe siècle), signés des ateliers troyens (Linard Gontier, Jean Soudain)
- La statue de Sainte Marthe de Troyes (vers 1510-1520, école troyenne), chef-d'œuvre de la sculpture Renaissance champenoise (voir base statues HitsMap, exclue ici)
- Les autres statues troyennes (XVIe siècle) dans les chapelles latérales
- Le chœur gothique (XIIIe siècle), avec ses chapiteaux historiés
- Le buffet d'orgue classique (XVIIe siècle)
- Les tombeaux des grandes familles troyennes (XVIe-XVIIIe siècles)
- L'ensemble urbain : à 5 minutes à pied de la cathédrale et de la basilique Saint-Urbain
Anecdotes & secrets
Jean Gailde (mort en 1519), maître maçon-sculpteur troyen, est l'un des plus grands artistes Renaissance français méconnus. Son jubé de Sainte-Madeleine est sa seule œuvre signée certaine, mais son style est reconnu dans plusieurs autres sculptures troyennes : il aurait probablement aussi sculpté plusieurs statues de Sainte Marthe, des Vierges à l'Enfant, et des pleurants funéraires. Son atelier, installé près de la place du Marché, employait jusqu'à 12 apprentis simultanément — fait rare pour un sculpteur de province. Il signait son contrat de commande du jubé Sainte-Madeleine en 1508 : « Jehan Gailde, ymagier de Troyes, fera ledit jubé pour le pris de quatre cents livres tournois » — somme énorme pour l'époque (équivalent de plusieurs millions d'euros actuels).
L'école troyenne de sculpture Renaissance (vers 1480-1560) est l'une des plus brillantes de France mais reste méconnue hors des spécialistes. Elle produisit en 70 ans quelque 300 à 500 statues monumentales dispersées dans les églises troyennes et de toute la Champagne — Vierges à l'Enfant, Sainte Marthe, Sainte Catherine, Sainte Anne trinitaire, pleurants funéraires. Les maîtres principaux sont Jean Gailde (sculpteur en pierre), Jacques Juliot (sculpteur en pierre), Nicolas Halins dit Le Champenois (sculpteur en bois). Cette école déclina brutalement après 1562 avec les guerres de Religion qui ravagèrent la Champagne — la plupart des commandes ecclésiastiques cessèrent.
Les paroissiens troyens qui refusèrent de détruire le jubé au XVIIe-XVIIIe siècle (alors que tous les autres jubés français étaient démolis) manifestèrent une conscience patrimoniale précoce. Voltaire, qui visita Troyes en 1733, écrivit : « Le jubé de la Madeleine est un monument que les Italiens nous envieraient, si nous savions encore le défendre » — éloge dans la bouche d'un anticlérical notoire.
Conseils de visite
Église ouverte tous les jours de 14h à 18h (10h-18h en juillet-août), entrée libre. Combiner avec la visite des autres églises troyennes Renaissance : cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, basilique Saint-Urbain (UNESCO), Saint-Pantaléon (voir fiche suivante), Saint-Jean-au-Marché, Saint-Nicolas, Saint-Nizier. Troyes, « cité de la Renaissance champenoise », mérite 2 jours minimum de visite. Accessible depuis Paris-Est en train (1h30).
Localisation
48.2989, 4.0697 · Troyes (Aube (10))





