Devant l'œuvre
Cette sculpture est la plus grande de toutes celles qui décoraient la cathédrale de Reims — 5,40 mètres de haut pour environ 6 tonnes. Goliath, le géant philistin de la Bible que le jeune David tua d'un coup de fronde, est représenté en guerrier du XIIIe siècle : cotte de mailles, heaume à nasal, bouclier. Cette tenue contemporaine du sculpteur (et non antique) dit quelque chose sur la façon dont le Moyen Âge lisait la Bible — les histoires de l'Ancien Testament se passaient maintenant, dans le monde des chevaliers et des croisades. Au milieu des 2300 sculptures qui décoraient la cathédrale, Goliath était visible de loin — une présence colossale qui disait la puissance de la mauvaise cause avant sa défaite par le petit David.
Symbolisme & lecture iconographique
Goliath sur la façade de la cathédrale de Reims était placé en pendant d'une statue de David — le petit contre le grand, la foi contre la force brute. Sur la cathédrale du sacre des rois de France, ce couple iconographique dit quelque chose sur la royauté : le roi de France est David (le roi oint par Dieu) contre les Goliath qui l'entourent. Le sacre à Reims légitimait le roi comme successeur du jeune berger élu par Dieu.
Analyse des émotions
Se trouver en présence de cette statue de 5,40 mètres est une expérience physique — on lève la tête, on est dominé. C'est peut-être l'effet recherché par le sculpteur : faire ressentir aux fidèles la démesure de Goliath avant sa défaite. La mauvaise cause est grande et terrifiante — et pourtant elle tombe.
Secrets & mystères
La cathédrale de Reims comptait à l'origine plus de 2300 sculptures — un programme sculptural parmi les plus ambitieux du gothique français. Après les bombardements de la Première Guerre mondiale (Reims fut bombardée 1051 fois entre 1914 et 1918, la cathédrale presque détruite), les sculptures les plus importantes furent déposées et placées au musée du Palais du Tau pour les protéger. Goliath, trop lourd et trop grand pour être déplacé facilement, resta in situ pendant le conflit — et son déplacement au Palais du Tau en 1948–1949 fut une opération logistique majeure.
Le saviez-vous ?
Reims fut bombardée 1051 fois pendant la Première Guerre mondiale — dont 632 fois par des obus incendiaires. La cathédrale prit feu le 19 septembre 1914 et brûla pendant plusieurs jours. L'échafaudage en bois qui servait à restaurer la cathédrale fut enflammé, et la toiture en plomb fondit en coulant sur les sculptures. La reconstruction de la cathédrale, financée par les donateurs américains (John D. Rockefeller Jr. offrit 2,5 millions de dollars), dura jusqu'en 1938.

