Devant l'œuvre
Cette momie est l'objet le plus inattendu du musée — une présence égyptienne de 2 400 ans au cœur du Berry. Djehdor (son nom hiéroglyphique figure sur le sarcophage) fut momifié selon les rites traditionnels égyptiens au IVe siècle avant J.-C., pendant l'une des dernières périodes d'indépendance de l'Égypte avant la conquête d'Alexandre le Grand. Son sarcophage en bois laqué et peint est orné de hiéroglyphes, de représentations divines et des formules funéraires destinées à assurer le voyage de l'âme dans l'au-delà. Cette momie et son sarcophage furent rapportés d'Égypte par Maxence René de Chalvet, marquis de Rochemonteix, et donnés par sa veuve au musée de Bourges en 1906.
Symbolisme & lecture iconographique
La momification égyptienne est le programme de conservation du corps pour l'éternité — la conviction que l'âme reviendra dans le corps si celui-ci est maintenu intact. Cette croyance dit quelque chose sur l'universalité de la résistance humaine à la mort et du désir de permanence.
Analyse des émotions
Se trouver face à une momie de 2 400 ans dans un musée berruyer est une expérience de décalage temporel vertigineux — quelqu'un qui vivait dans la Thèbes pharaonique se retrouve dans l'Hôtel Cujas de Bourges. La mort universelle, présente dans toutes les cultures, dit l'humanité partagée.
Secrets & mystères
Le marquis de Rochemonteix était un aventurier et érudit berruyer du XIXe siècle — il voyagea en Égypte à l'époque de la grande fièvre archéologique qui suivit la campagne de Napoléon et le déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion (1822). Les Européens aisés rapportaient de leurs voyages des momies comme souvenirs — une pratique qui serait aujourd'hui illégale mais qui, au XIXe siècle, permit de constituer les collections égyptiennes de nombreux musées de province français.
Le saviez-vous ?
Champollion — le déchiffreur des hiéroglyphes — était natif de Figeac dans le Lot. Son déchiffrement de la pierre de Rosette en 1822 ouvrit l'Égypte ancienne à la compréhension européenne. Dans les décennies qui suivirent, des milliers d'objets égyptiens partirent pour l'Europe. La momie de Bourges est un produit secondaire de cette révolution des savoirs.

