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Ruines d'un pont romain

Peinture

Ruines d'un pont romain

Hubert Robert (Paris, 1733–1808)

Quatrième quart du XVIIIe siècle (v. 1775–1800)·Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Troyes
Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Hubert Robert — 'Robert des Ruines' — est le peintre qui inventa la mode des ruines dans la peinture française du XVIIIe siècle. Après onze ans passés à Rome (1754–1765) à dessiner et peindre les monuments antiques, il revint à Paris avec un style de peinture de ruines qui fascina toute l'aristocratie française. Ces ruines de ponts romains, d'amphithéâtres effondrés, de portiques envahis par la végétation disent quelque chose sur la mélancolie des Lumières face à la grandeur perdue de l'Antiquité — et sur la conscience que les civilisations sont mortelles.

Symbolisme & lecture iconographique

La ruine dans la peinture du XVIIIe siècle dit quelque chose sur la conscience historique des Lumières — les civilisations ont une naissance, une apogée et un déclin. Rome a dominé le monde et n'est plus que des pierres effritées. Cette conscience de la mortalité des empires dit, avant la Révolution, que l'Ancien Régime pourrait lui aussi un jour n'être que des ruines.

Analyse des émotions

Les ruines de Robert créent une émotion de mélancolie douce — la grandeur passée visible dans les pierres écroulées, la végétation qui reprend ses droits sur l'architecture humaine, le temps qui passe inexorablement. C'est une méditation visuelle sur la fragilité de toutes les constructions humaines.

Secrets & mystères

Ce grand tableau venait de La Chapelle-Godefroy — mais il est décrit comme 'immense' dans les archives révolutionnaires. Sa taille même dit l'ambition décorative d'Orry : ces tableaux de ruines monumentales étaient destinés à des espaces palatials, pas à des cabinets intimes. Robert fut l'un des peintres les plus demandés de la seconde moitié du XVIIIe siècle — ses ruines ornaient les plus grands châteaux et hôtels parisiens.

Le saviez-vous ?

Hubert Robert fut emprisonné pendant la Terreur (1793–1794) — son statut d'artiste de cour le rendait suspect. Pendant son emprisonnement, il continua à peindre — ses tableaux de la prison de Saint-Lazare sont parmi ses œuvres les plus poignantes. Libéré après Thermidor, il devint conservateur du Louvre (1795) et participa à la transformation du palais royal en musée national.

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