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Les Misères et les Malheurs de la guerre (série de 18 gravures)

Peinture

Les Misères et les Malheurs de la guerre (série de 18 gravures)

Jacques Callot (Nancy, 1592–1635)

Devant l'œuvre

Ces 18 petites gravures sont l'un des chefs-d'œuvre absolus de l'art de la guerre représenté — et elles ont changé l'histoire de la représentation de la violence militaire. Jacques Callot les publia en 1633, en pleine guerre de Trente Ans (1618–1648) qui ravageait l'Europe et dévastait particulièrement la Lorraine. Les scènes se suivent comme un récit : le recrutement des soldats, le départ pour la guerre, la bataille, le pillage d'un village, le meurtre des paysans, l'incendie, les représailles, le vol, l'hôpital militaire — et enfin la punition des pillards et la paix retrouvée. C'est le premier anti-récit de guerre de l'histoire de l'art : pas la gloire des batailles, mais la souffrance des victimes civiles.

Symbolisme & lecture iconographique

Les Misères de la guerre inaugurent un genre que Goya reprendra 175 ans plus tard dans ses Désastres de la guerre (1810–1820) — la représentation de la violence militaire comme crime contre les civils, pas comme gloire héroïque. Callot et Goya sont les deux grands témoins qui ont refusé le mensonge du tableau de bataille et choisi de montrer ce que la guerre fait aux gens ordinaires.

Analyse des émotions

Ces petites gravures ont une qualité de choc qui n'a pas vieilli — les scènes de pillage, de meurtre et d'incendie sont d'une précision documentaire qui les rend insupportables. Et en même temps elles sont admirables techniquement : la maîtrise de la pointe sèche de Callot, la densité de ses foules, la précision de ses paysages. L'art et l'horreur en un seul objet.

Secrets & mystères

Callot publia cette série en 1633 alors que la Lorraine était occupée par les armées françaises de Louis XIII. Le duc Henri II de Lorraine avait été contraint de signer un traité humiliant (traité de Vic, 1632) qui laissait les armées françaises traverser librement son territoire. La Lorraine était pillée par ses propres alliés supposés. Les Misères de la guerre sont donc une protestation politique déguisée en série morale universelle — Callot représente les horreurs subies par les Lorrains sans pouvoir les attribuer nommément aux Français.

Le saviez-vous ?

Jacques Callot mourut à Nancy en 1635 — deux ans après avoir publié Les Misères de la guerre. Il avait 43 ans. Sa vie entière s'est passée sous le signe de la guerre : né pendant les guerres de Religion, mort en pleine guerre de Trente Ans. La Lorraine qu'il aimait et qu'il représenta dans ses centaines de gravures fut dévastée par ces guerres et finalement annexée par Louis XIV en 1766. Ses œuvres survivent à tous ces désastres.