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Portrait de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné

Peinture

Portrait de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné

Claude Lefèbvre (Fontainebleau, 1632–Paris, 1675)

Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Ce portrait est le plus célèbre du musée — et l'une des images les plus connues de la France du XVIIe siècle. Marie de Rabutin-Chantal (1626–1696), marquise de Sévigné, habitait dans cet hôtel Carnavalet de 1677 à sa mort en 1696 — les murs autour de vous ont entendu ses conversations, ses lectures, ses dîners. Son portrait par Claude Lefèbvre la montre à 35–40 ans, dans toute sa beauté et son intelligence : l'ovale du visage, le regard vif et direct, l'élégance naturelle. Sévigné est l'auteure d'environ 1 100 lettres conservées — adressées principalement à sa fille — qui constituent l'un des chefs-d'œuvre de la prose française du XVIIe siècle.

Symbolisme & lecture iconographique

Le portrait de la femme de lettres dans l'espace domestique dit quelque chose sur le statut de la femme intellectuelle au XVIIe siècle — non pas dans un salon public ou une académie (fermées aux femmes) mais dans la vie privée, dans les lettres, dans la correspondance. L'intelligence féminine du XVIIe siècle s'exprime dans les espaces qui lui sont accessibles.

Analyse des émotions

Ce portrait dit quelque chose sur la relation entre un lieu et une personne — nous sommes dans l'hôtel que Sévigné habita pendant les dix-neuf dernières années de sa vie, et son portrait nous regarde. Ce retour du regard dit la permanence : l'hôtel est encore là, le portrait est encore là, les lettres sont encore là. Sévigné habite toujours ces murs d'une façon que peu d'autres habitants de Paris peuvent prétendre.

Secrets & mystères

Les Lettres de Madame de Sévigné ne furent pas écrites pour être publiées — elles étaient des lettres privées à sa fille Françoise-Marguerite, comtesse de Grignan, qui résidait en Provence. Après la mort de Sévigné, sa fille conserva soigneusement toutes les lettres reçues. Des copies circulèrent, des extraits furent publiés du vivant de la fille (1726) — et finalement l'édition complète parut progressivement au XVIIIe et XIXe siècles. Ce témoignage de la vie parisienne du XVIIe siècle — la cour de Louis XIV, les intrigues, les spectacles, les deuils, les ragots — est inégalé dans la littérature française.

Le saviez-vous ?

Sévigné assista aux représentations de Molière, de Racine, de Corneille — et ses lettres contiennent des critiques littéraires d'une acuité incomparable. Sa phrase sur Racine est devenue célèbre : 'J'ai lu Bajazet ; j'ai trouvé les premiers actes froids, quoique bien écrits. Le dénouement m'a fait mourir.' Ce mélange d'exigence et d'empathie dit le regard d'une grande lectrice sur les œuvres de son temps.

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