Devant l'œuvre
Marco d'Oggiono — le même peintre qui réalisa la grande copie de La Cène conservée à Écouen. Ce polyptyque monumental représente au registre supérieur saint Nicolas de Tolentino, saint Augustin évêque et sainte Monique, et au registre inférieur saint Jean-Baptiste et un donateur, la Vierge à l'Enfant entourée de deux anges musiciens, saint Pierre et un autre donateur. L'ensemble décorait l'autel d'une église lombarde, probablement milanaise. Il conserve tout l'héritage de l'enseignement de Léonard de Vinci : la douceur des carnations, le sfumato des arrière-plans, la grâce des mains.
Symbolisme & lecture iconographique
La présence de sainte Monique et de saint Augustin ensemble dans le registre supérieur n'est pas anodine : Monique est la mère d'Augustin, celle dont les prières incessantes obtinrent la conversion du fils prodigue. Leur association dans un retable célèbre l'intercession maternelle — thème théologiquement central dans la dévotion catholique du XVIe siècle.
Analyse des émotions
La Vierge à l'Enfant de Marco d'Oggiono est imprégnée de la leçon léonardesque : une tendresse maternelle infinie communiquée par la légère inclinaison de la tête, le sourire presque imperceptible, la main qui effleure l'Enfant sans le tenir. Les anges musiciens qui l'entourent créent une atmosphère de concert céleste — la musique comme métaphore de l'harmonie divine.
Secrets & mystères
La fragmentation de ce polyptyque entre sa création et son arrivée à Blois reste mal documentée. Comment un retable monumental milanais du début du XVIe siècle s'est-il retrouvé à Blois ? La réponse probable est les guerres d'Italie : François Ier et ses successeurs ont ramené en France d'innombrables œuvres italiennes — par achat, par pillage, par cadeau diplomatique. Ce polyptyque a peut-être suivi ce chemin de l'Italie à la Loire.
Le saviez-vous ?
Marco d'Oggiono était l'un des élèves les plus proches de Léonard de Vinci à Milan — au point qu'on l'appela longtemps 'le premier Léonardesque'. Il reproduisit plusieurs fois La Cène de Léonard (dont les versions d'Écouen et de Tongerlo). Après la mort de Léonard (1519 à Amboise, en France), Marco d'Oggiono continua à diffuser son style à Milan jusqu'à sa propre mort en 1524.

