Devant l'œuvre
Ce manuscrit est l'un des plus beaux de la bibliothèque — et l'un des plus singuliers. Il raconte les miracles de sainte Foy, la jeune martyre d'Agen (IVe siècle) dont les reliques attirèrent un pèlerinage extraordinaire à Conques (Aveyron) pendant tout le Moyen Âge. Mais il raconte aussi la fondation du prieuré bénédictin Sainte-Foy de Sélestat en 1094 — un document fondateur de l'histoire de la ville. Les enluminures, réalisées entre le XIe et le XIVe siècle par plusieurs mains successives, illustrent les miracles avec une vivacité narrative qui préfigure la bande dessinée médiévale.
Symbolisme & lecture iconographique
Les miracles de saints dans les manuscrits médiévaux ont une fonction théologique précise : ils prouvent que le saint est au ciel et qu'il peut intercéder pour les vivants. Chaque miracle raconté est une preuve juridique, presque — un dossier d'instruction à l'usage de la canonisation et du pèlerinage. Le livre de miracles est un instrument de légitimité religieuse.
Analyse des émotions
Les enluminures des miracles de Sainte-Foy ont une qualité narrative directe et populaire — elles racontent des histoires que tout le monde peut comprendre sans latin, avec des corps qui tombent, des mains qui guérissent, des lumières qui apparaissent. C'est l'image médiévale comme langage universel, au service de la foi du peuple.
Secrets & mystères
Ce manuscrit est 'composite' — il a été constitué progressivement entre le XIe et le XIVe siècle, en ajoutant des cahiers au fur et à mesure que de nouveaux miracles étaient attestés ou que de nouveaux copistes prenaient la plume. On peut suivre l'évolution des styles d'enluminure sur trois siècles en étudiant les miniatures : du roman austère du XIe siècle au gothique élancé du XIVe. Ce manuscrit est lui-même une histoire de l'art médiéval en raccourci.
Le saviez-vous ?
Sainte Foy est l'une des saintes les plus vénérées du Moyen Âge — non pas pour sa sagesse théologique mais pour ses miracles extravagants : des yeux arrachés remis en place, des prisonniers délivrés de leurs chaînes, des noyés ressuscités. Elle avait la réputation d'être 'espiègle' — un hagiographe du XIe siècle raconte qu'elle se manifesta dans des rêves avec une gaieté presque impertinente. Cette personnalité peu conventionnelle la rendait très populaire.

