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Les Périssoires

Peinture

Les Périssoires

Gustave Caillebotte (Paris, 1848–Gennevilliers, 1894)

Faire le puzzle de l'œuvre
  • Les Périssoires — vue 2

Devant l'œuvre

Gustave Caillebotte est l'un des impressionnistes les moins célèbres et les plus singuliers — ingénieur et naval architecte de formation, peintre du dimanche devenu grand collectionneur (il légua sa collection au Louvre, qui la refusa d'abord partiellement). Les Périssoires représentent deux canoteurs vus depuis le dessus, leur embarcation fendant l'eau de l'Yerres (rivière d'Île-de-France). Le point de vue plongeant — vu depuis la berge ou un pont — est une innovation visuelle directement influencée par la photographie et l'estampe japonaise. La peinture est d'une précision quasi-photographique dans le rendu des reflets de l'eau.

Symbolisme & lecture iconographique

La périssoire (ou kayak) comme embarcation de loisir bourgeois est un symbole de la modernité parisienne des années 1870 : le canotage sur les rivières de l'Île-de-France est un loisir récent, rendu possible par les lignes de chemin de fer qui permettent aux Parisiens de rejoindre les bords de l'Yerres ou de la Seine le dimanche. C'est la modernité industrielle qui crée l'espace du loisir naturel.

Analyse des émotions

Le point de vue plongeant de ce tableau crée une sensation de vertige contrôlé — on est presque dans l'eau, ou sur l'eau, regardant vers le bas. Les deux canoteurs ne regardent pas vers nous — ils regardent devant eux, absorbés dans leur effort. Cette absence de regard vers le spectateur est caractéristique de Caillebotte : ses figures sont dans leur monde, pas dans le nôtre.

Secrets & mystères

Caillebotte présenta Les Périssoires à la 3e exposition impressionniste en 1877. Le tableau fut acclamé par Émile Zola dans sa critique : 'M. Caillebotte est assurément un peintre habile.' Mais la postérité traita Caillebotte différemment de Monet ou Renoir — il fut longtemps considéré comme un 'semi-impressionniste' trop réaliste pour être pleinement dans le mouvement. Sa redécouverte comme grand peintre est relativement récente (grande rétrospective à Chicago et Paris en 1994–1995).

Le saviez-vous ?

Caillebotte est mort à 45 ans d'une congestion pulmonaire foudroyante. Sa collection personnelle — des tableaux de Monet, Renoir, Pissarro, Sisley, Manet achetés aux impressionnistes quand personne ne voulait les acheter — fut léguée à l'État français. L'État, représenté par les conservateurs du Louvre, ne voulut d'abord en accepter que 38 sur 67 tableaux. Les refusés retournèrent dans la famille. Aujourd'hui ces tableaux 'refusés' de Caillebotte valent plusieurs centaines de millions d'euros.

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