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Le Serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789

Peinture

Le Serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789

Jacques-Louis David (Paris, 1748–Bruxelles, 1825) — esquisse monumental

Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Ce tableau est l'une des images fondatrices de la démocratie française — et il est à Carnavalet, dans un état d'inachèvement qui dit quelque chose d'essentiel. David commença ce tableau colossal pour célébrer le Serment du Jeu de Paume du 20 juin 1789 — quand les représentants du tiers état, enfermés hors de la salle des États généraux, se réunirent dans la salle du Jeu de paume de Versailles et jurèrent de ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France. C'est le premier acte souverain de la Révolution — le peuple qui s'arroge le droit de donner des lois à la nation. David représente cette foule de représentants levant le bras sous l'orage visible par les fenêtres ouvertes — la Révolution comme tempête naturelle.

Symbolisme & lecture iconographique

Le serment est l'acte fondateur de la démocratie représentative française — le moment où des hommes élus se constituent en peuple souverain. Le geste du bras levé (le serment) est le geste de la promesse faite à la nation — une promesse que les révolutionnaires tiendraient parfois et trahiraient souvent. Cette image de la promesse collective est au cœur de la culture politique française.

Analyse des émotions

Cette esquisse inachevée est plus émouvante que le tableau terminé n'aurait été. Les parties laissées en esquisse — des visages tracés au fusain sans couleur, des corps à peine esquissés — disent l'impossibilité de fixer la Révolution en image. La Révolution est en cours dans ce tableau qui ne peut pas se finir.

Secrets & mystères

David ne put jamais terminer ce tableau. La Révolution avança trop vite pour lui — certains des personnages qu'il avait représentés comme héros de la Liberté devinrent des traîtres ou furent guillotinés avant que le tableau ne soit achevé. Barnave, Mirabeau, plusieurs des représentants héroïques du serment tombèrent dans la disgrâce révolutionnaire. Comment peindre en héros des gens que la Révolution avait ensuite condamnés ? David laissa le tableau inachevé. Cet inachèvement dit quelque chose sur la Révolution elle-même — trop rapide, trop violente pour être mise en images stables.

Le saviez-vous ?

Bailly, le président de l'Assemblée nationale, est la figure centrale du tableau — les bras levés, dominant la foule. Il sera guillotiné en 1793, condamné pour avoir ordonné la fusillade du Champ-de-Mars en 1791 qui tua plusieurs dizaines de manifestants. David avait représenté comme héros un homme qui serait bientôt exécuté par la même Révolution qu'il avait servie. Cette tragédie dit la mécanique révolutionnaire qui dévore ses enfants.

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