Devant l'œuvre
Seize tableaux de Natoire dans un seul musée de province — c'est la plus grande collection de ce peintre en France. Charles-Joseph Natoire est l'un des grands peintres décorateurs français du XVIIIe siècle — directeur de l'Académie de France à Rome pendant vingt-cinq ans (1751–1775), auteur de grands cycles mythologiques et allégoriques pour les grands intérieurs aristocratiques. Philibert Orry lui commanda seize tableaux pour décorer son château de La Chapelle-Godefroy — probablement des cycles mythologiques (l'histoire de Psyché ? des saisons ? des allégories ?) qui ornaient les salons du château. La saisie révolutionnaire de 1792 déplaça cet ensemble à Troyes, où il est conservé presque intact.
Symbolisme & lecture iconographique
La peinture décorative des grands châteaux du XVIIIe siècle — Natoire, Boucher, Van Loo — dit quelque chose sur la conception aristocratique de l'espace habité : les murs doivent être aussi beaux que les jardins, l'art doit être partout, la beauté est une condition de la bonne vie. Cette esthétisation totale de l'environnement dit l'idéal de la culture de cour avant la Révolution.
Analyse des émotions
Les grands cycles décoratifs de Natoire créent une atmosphère de fête mythologique — des personnages de la fable dans des architectures fantaisistes, des corps nus dans des paysages dorés. C'est la peinture du plaisir visuel, sans profondeur morale apparente — et c'est précisément pour ça que la Révolution la détesta et que le XXe siècle la redécouvrit.
Secrets & mystères
Natoire est un peintre injustement méconnu — éclipsé par Boucher (son contemporain direct) dans l'histoire de l'art. Sa direction de l'Académie de France à Rome fut déterminante pour toute une génération de peintres français (il forma entre autres Fragonard, qui fut son élève à Rome). Ses seize tableaux de Troyes permettent une étude sérieuse de son style décoratif que peu d'autres collections françaises permettent.
Le saviez-vous ?
Natoire mourut en 1777 à Castel Gandolfo (résidence d'été des papes, près de Rome) — à 77 ans, après avoir passé les 26 dernières années de sa vie en Italie. Il était arrivé à Rome comme directeur de l'Académie de France en 1751 et n'en était jamais reparti. Cette italianisation d'un grand peintre français est caractéristique du XVIIIe siècle — Rome comme destination finale des artistes les plus ambitieux.

