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Le Paiement de la dîme (ou Le Dénombrement de Bethléem)

Peinture

Le Paiement de la dîme (ou Le Dénombrement de Bethléem)

Pieter Brueghel le Jeune dit Brueghel d'Enfer (Bruxelles, 1564–Anvers, 1638)

Devant l'œuvre

Ce grand tableau de village sous la neige est l'une des compositions les plus spectaculaires du musée. Pieter Brueghel le Jeune — fils de Pieter Bruegel l'Ancien et frère de Jan Brueghel l'Ancien (les Quatre Éléments à Lyon) — spécialisait la reproduction et la variation des compositions de son père. Le Dénombrement de Bethléem est un sujet que son père avait traité avec génie en 1566 (Musées royaux de Belgique, Bruxelles) : Marie et Joseph arrivent dans un village flamand hivernal pour se soumettre au recensement de l'Empereur Auguste — c'est la Nativité cachée dans un village contemporain. Ici, le sujet biblique est prétexte à une immense scène de genre flamande — des dizaines de personnages dans la neige, des charrettes, des animaux, des jeux d'enfants, des maisons, des marchands.

Symbolisme & lecture iconographique

La Nativité dans un village flamand contemporain — et non dans la Palestine du Ier siècle — est une déclaration théologique : la Nativité se passe ici et maintenant, dans notre monde, dans notre hiver. L'Incarnation (Dieu qui devient homme) se produit dans la réalité quotidienne, pas dans un espace sacré séparé. C'est la même logique que le Maître de Flémalle qui habille ses personnages bibliques en bourgeois flamands.

Analyse des émotions

Ces grandes scènes de village en hiver de Brueghel créent une chaleur paradoxale — la neige, le froid, les personnages emmitouflés — et pourtant une vie intense, fourmillante, joyeuse. On cherche des histoires dans chaque coin du tableau : l'enfant qui tombe sur la glace, les femmes qui bavardent, les hommes qui déchargent une charrette.

Secrets & mystères

Pieter Brueghel le Jeune peignit de très nombreuses versions du Dénombrement de Bethléem — copies et variations de la composition de son père. On en compte plus de trente exemplaires dans les collections mondiales. Chaque version est légèrement différente — des personnages ajoutés ou supprimés, des couleurs modifiées, des formats adaptés aux commanditaires. Le tableau de Caen est l'une des versions les plus grandes et les plus complètes de cette série. Il est quasiment impossible de déterminer avec certitude quelle est la 'meilleure' version — la notion d'original n'a pas le même sens quand le peintre lui-même produit des séries.

Le saviez-vous ?

Pieter Brueghel le Jeune est surnommé 'Brueghel d'Enfer' non par rapport à l'Enfer religieux, mais parce qu'il peignit de nombreuses scènes de diableries et de tentation de saint Antoine — des scènes infernales qui étaient très populaires au XVIe et XVIIe siècles. Son frère Jan fut surnommé 'Brueghel de Velours' pour la finesse de ses textures. Les deux Brueghel du XVIIe siècle portèrent deux épithètes caractérisant leurs spécialités — un système de nommage élaboré par le marché de l'art flamand.