Devant l'œuvre
Ce portrait d'Henri II est-il peint avant ou après sa mort ? La question n'est pas anodine : Henri II mourut en juillet 1559 des suites d'une lance brisée dans l'œil lors d'un tournoi — dix jours d'agonie qui paralysèrent la cour. Si le portrait date d'après juillet 1559, il fut peint de mémoire ou d'après des dessins antérieurs. François Clouet avait accumulé des centaines de dessins préparatoires de la cour — il pouvait reconstituer le visage du roi sans avoir besoin du modèle vivant. Ce portrait est donc peut-être un portrait posthume, une reconstruction du visage du roi pour la postérité.
Symbolisme & lecture iconographique
Le noir et blanc du costume d'Henri II, en dehors de son hommage à Diane, était aussi la couleur du deuil — une coïncidence macabre dans l'histoire de ce roi qui mourut d'un accident absurde à 40 ans. Le tournoi où il fut blessé célébrait le double mariage de sa fille Elisabeth avec Philippe II d'Espagne et de sa sœur Marguerite avec le duc de Savoie — deux unions diplomatiques majeures. La mort du roi au milieu des fêtes.
Analyse des émotions
Henri II a le visage d'un homme de quarante ans qui a gouverné pendant douze ans — un visage usé mais pas brisé, avec ce mélange particulier de lassitude et d'autorité que le pouvoir finit par donner à ceux qui l'exercent longtemps. François Clouet n'embellit pas : il documente.
Secrets & mystères
Henri II portait systématiquement le noir et blanc — les couleurs de Diane de Poitiers, sa maîtresse depuis plus de vingt ans. Même ses armures de tournoi étaient décorées de noir et blanc. Dans ce portrait, le costume noir à broderies blanches est donc à la fois une élégance personnelle et un hommage codé à sa maîtresse. Catherine de Médicis, l'épouse légitime, dut supporter cette ostentation pendant toute la durée du mariage.
Le saviez-vous ?
Gabriel de Montgomery, le chevalier dont la lance brisa sous la visière d'Henri II, fut gracié par la reine Catherine de Médicis immédiatement après l'accident — mais il s'enfuit néanmoins en Angleterre. Il revint plus tard en France en tant que chef militaire protestant, fut capturé, et décapité en 1574 sur ordre de Catherine de Médicis. Elle avait attendu quinze ans.

