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Le Christ à la colonne (dite Flagellation du Christ)

Peinture

Le Christ à la colonne (dite Flagellation du Christ)

Michelangelo Merisi dit le Caravage (Milan, 1571–Porto Ercole, 1610)

Devant l'œuvre

Il n'y a que quatre tableaux du Caravage en France — trois au Louvre, et celui-ci à Rouen. C'est l'un des quatre Caravage originaux en France, et c'est aussi l'un des plus mystérieux. Le Christ est représenté juste avant la flagellation — l'instant de tension qui précède la violence. Deux bourreaux l'attachent à une haute colonne de marbre. Leurs visages — peints d'après des gens du peuple, ramassés dans les rues de Naples — expriment quelque chose d'ambigu : l'un semble douter de son rôle. Le Christ, lui, tourne la tête vers la lumière qui vient d'en haut. Ce n'est pas un tableau de la douleur — c'est un tableau du moment juste avant la douleur. Et ce moment est plus insupportable.

Symbolisme & lecture iconographique

La colonne de marbre, selon l'historien Eberhard König, est 'traitée non comme thème majeur mais comme attribut du Christ' — elle est couverte de marbrures ressemblant à des plaies, tandis que le corps du Christ reste intact. La colonne souffre à la place du Christ, ou annonce ses souffrances à venir. Le périzonium blanc (le linge autour des reins) anticipe le linceul — de la flagellation à la mort, le blanc du Christ est constant.

Analyse des émotions

La lumière de soupirail qui entre d'en haut à gauche coupe le tableau en deux zones : la clarté du Christ et l'obscurité des bourreaux. La colonne au centre divise aussi la composition. Tout dans ce tableau est frontière, limite, seuil — entre l'avant et l'après, entre la lumière et les ténèbres, entre l'humain et le divin. Et le manteau rouge jeté au sol, à gauche, dit la royauté abandonnée : 'Voici l'homme.'

Secrets & mystères

Ce tableau fut acquis en 1955 à Paris sous une attribution à Mattia Preti — un peintre du XVIIe siècle inspiré par le Caravage. C'est Roberto Longhi, le grand historien de l'art italien, spécialiste du Caravage, qui l'identifia peu après comme un original du maître. Mais une copie de qualité existait en Suisse — et pendant des années, les experts débattirent : laquelle des deux versions était l'original ? L'exposition de 1985 'The Age of Caravaggio' à Naples et New York permit de trancher définitivement en faveur du tableau rouennais. La version suisse fut reléguée au rang de copie. Le format horizontal du tableau est exceptionnellement rare pour ce sujet — la plupart des Flagellations sont verticales. Pourquoi ce choix ? Sans doute pour une destination particulière (une sacristie, une salle de réunion) plutôt qu'un autel.

Le saviez-vous ?

Le Caravage peignit ce tableau à Naples en 1607, après avoir fui Rome où il avait commis un meurtre lors d'une rixe en 1606. Il était en fuite, banni de Rome par le pape, cherchant un pardon pontifical qui ne viendrait qu'après sa mort. Sa période napolitaine (1607) fut l'une des plus fertiles de sa vie : en quelques mois, il produisit plusieurs chefs-d'œuvre dont les Sept Œuvres de Miséricorde (Naples, Pio Monte della Misericordia) et ce Christ à la colonne. Il mourut en 1610, à 38 ans, avant de pouvoir rentrer à Rome.