Devant l'œuvre
Philippe de Champaigne — flamand de naissance, parisien d'adoption — est le peintre de la rigueur janséniste et de la grâce royale simultanément. Peintre officiel de Louis XIII et de Richelieu, il était aussi un dévot janséniste proche de Port-Royal. Cette Présentation au Temple — la scène où Marie et Joseph présentent le nouveau-né Jésus au Temple de Jérusalem selon la loi mosaïque — est peinte avec la clarté architecturale et la sobriété émotionnelle caractéristiques de son style. Pas de baroque exubérant, pas d'effets de lumière dramatiques : une lumière froide et égale, des figures monumentales, une composition d'une rigueur classique.
Symbolisme & lecture iconographique
Syméon, le vieux sage du Temple qui reconnaît l'Enfant Jésus et dit 'Maintenant tu peux laisser partir ton serviteur, Seigneur, car mes yeux ont vu ton salut' (le Nunc dimittis) est la figure de l'espérance accomplie — celui qui a attendu toute sa vie et peut maintenant mourir en paix. Cette figure de l'attente récompensée est au cœur de la théologie chrétienne.
Analyse des émotions
La Présentation au Temple de Champaigne est une image de la loi et de la grâce — la Loi de Moïse qui impose la présentation du premier-né au Temple, et la Grâce divine qui fait de cet acte ordinaire le moment de la rencontre avec le Messie (Syméon et Anne la prophétesse reconnaissent l'Enfant). Champaigne traite cet événement avec une gravité silencieuse.
Secrets & mystères
Philippe de Champaigne était l'ami de Blaise Pascal et le peintre de Port-Royal, le centre du jansénisme français. Son chef-d'œuvre absolu est le portrait de sa fille (au Louvre), religieuse à Port-Royal, guérie miraculeusement — un témoignage de foi et un chef-d'œuvre de portrait. Dans ses tableaux religieux, on sent la tension entre le classicisme français qu'il adopte et le baroque flamand dont il vient.
Le saviez-vous ?
Philippe de Champaigne fut aussi le portraitiste de Richelieu — dont le célèbre portrait triple au Louvre (destiné au sculpteur Bernin pour l'aider à sculpter un buste) est l'un des exercices de virtuosité les plus admirés du XVIIe siècle français. La coexistence dans la même carrière du peintre du tout-puissant cardinal et du peintre de la rigueur janséniste dit quelque chose sur les contradictions de la France de Louis XIII.

