Devant l'œuvre
Voilà le tableau qui s'impose physiquement dans le musée — plus de cinq mètres de haut, trois mètres de large. Charles Le Brun, Premier peintre du roi Louis XIV et directeur de la manufacture des Gobelins, peignit cette Descente de Croix pour la chapelle de Versailles. C'est le grand format académique français à son état le plus ambitieux : des dizaines de personnages disposés dans une composition pyramidale autour du corps du Christ qui descend de la croix, une lumière dramatique qui sculpte les chairs et les drapés, une palette de rouges, de bleus et de blancs qui dit la grandeur monarchique et spirituelle simultanément.
Symbolisme & lecture iconographique
La Descente de Croix est théologiquement le moment charnière entre la mort (sur la Croix) et l'inhumation (au tombeau) — et donc entre la mort et la résurrection. Le corps du Christ descendant de la Croix est suspendu entre deux états : mort et vivant, homme et dieu, histoire et éternité. Ce moment de suspension, si difficile à peindre, est celui que Le Brun a choisi pour son tableau le plus monumental.
Analyse des émotions
Devant cette Descente de Croix de cinq mètres, on n'est pas face à un tableau — on est dans l'espace d'une chapelle imaginaire. Le Brun a calculé l'effet sur un spectateur debout à distance : les proportions, la lumière, la composition sont pensées pour une vision depuis le bas vers le haut. C'est une peinture d'architecture autant qu'une peinture religieuse.
Secrets & mystères
Ce tableau fut peint pour Versailles — mais quelle chapelle exactement ? La Grande Chapelle de Versailles (inaugurée en 1710) n'existait pas encore quand Le Brun peignit ce tableau (1679–1684). Il s'agit peut-être d'une chapelle provisoire du château, ou d'une destination originelle autre. La question de l'emplacement original de ce tableau dans le dispositif versaillais n'est pas entièrement résolue dans la littérature.
Le saviez-vous ?
Charles Le Brun fut l'homme le plus puissant de l'art français sous Louis XIV — directeur de l'Académie royale, directeur des Gobelins, premier peintre du roi, concepteur du décor de Versailles. Tout passait par lui. Et puis Louvois, le nouveau ministre, le désavoua en 1683 en lui préférant Pierre Mignard. Le Brun, qui avait tout dominé, mourut six ans plus tard dans une relative disgrâce. Ce tableau de Rennes fut peint exactement dans ces années de basculement.

