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La Chasse au tigre

Peinture

La Chasse au tigre

Pierre Paul Rubens (Siegen, 1577–Anvers, 1640)

Devant l'œuvre

Ce tableau colossal fait partie d'une série de quatre 'chasses exotiques' commandées vers 1615–1617 par Maximilien de Bavière pour décorer son pavillon de chasse près de Munich. Les quatre tableaux représentaient une chasse au sanglier, une chasse au lion, une chasse à l'hippopotame et au crocodile, et cette chasse au tigre. Rubens les peignit avec ses collaborateurs habituels — Frans Snyders pour les animaux, Jan Wildens pour les paysages. Napoléon les fit saisir à Munich vers 1800 et les dispersa dans des musées français : le sanglier à Marseille, le lion à Bordeaux (l'original périt dans un incendie), l'hippopotame à Munich (restitué après 1815), et le tigre resta à Rennes. La composition, un tourbillon de corps humains et animaux en plein combat, est l'une des plus spectaculaires de Rubens.

Symbolisme & lecture iconographique

Les 'chasses exotiques' de Rubens mettent en scène des animaux sauvages du monde entier (tigre d'Asie, lion d'Afrique, hippopotame du Nil) affrontés par des chasseurs aux costumes orientaux. Ce programme iconographique dit la maîtrise de l'homme sur la nature sauvage — et, implicitement, la maîtrise du commanditaire (Maximilien de Bavière) sur un monde exotique et puissant. C'est la politique étrangère visualisée comme chasse.

Analyse des émotions

Devant cette Chasse au tigre, on est d'abord submergé par la masse — la toile est immense, les corps s'y entassent dans un mouvement centrifuge qui aspire le regard. Puis on distingue les détails : le tigre qui mord une jambe, le cheval qui cabré, les lances qui s'entrecroisent, les visages de chasseurs orientaux qui crient. C'est une image de violence pure, orchestrée avec une maîtrise compositionnelle extraordinaire.

Secrets & mystères

La Chasse au tigre de Rennes connaît une postérité inattendue : en 2017, Jeff Koons choisit ce tableau pour en faire l'une des reproductions sur des sacs Louis Vuitton dans sa collection 'Masters' — des sacs de luxe portant des reproductions de chefs-d'œuvre des musées. La Chasse au tigre se retrouva sur des sacs à 3 000 euros vendus dans le monde entier. Le musée de Rennes toucha une redevance et vit sa notoriété internationale exploser. Rubens sur un sac Vuitton — c'est à la fois absurde et logique : Rubens était lui-même un entrepreneur qui vendait ses compositions à l'international. La composition de ce tableau serait inspirée d'un tableau disparu de Léonard de Vinci représentant une bataille de cavaliers.

Le saviez-vous ?

La Chasse au lion, pendant de la Chasse au tigre, fut envoyée à Bordeaux après les conquêtes napoléoniennes. L'original périt dans l'incendie du musée de Bordeaux en 1870 — seule une copie subsiste. La Chasse au tigre de Rennes est donc, des quatre tableaux de la série, le seul qui soit à la fois dans un musée français et dans un état de conservation parfait. Ce hasard de l'histoire a donné à Rennes l'un de ses plus grands trésors.