Devant l'œuvre
Jacob Jordaens est le troisième grand peintre anversois après Rubens et Van Dyck — et contrairement à eux, il ne voyagea presque jamais hors d'Anvers. Sa peinture est robuste, charnelle, directe — l'opposé de la virtuosité aristocratique de Van Dyck. Il peignit des scènes mythologiques, des scènes bibliques et des scènes de genre avec la même énergie populaire. Sa conversion au protestantisme vers 1650 influença ses dernières œuvres, plus sobres. Ce tableau à Angers est caractéristique du fonds flamand qui traversa dans les musées de province grâce aux saisies révolutionnaires dans les châteaux angevins.
Symbolisme & lecture iconographique
Jordaens peignit souvent des scènes proverbes — des tableaux illustrant des dictons populaires flamands. Le plus célèbre est 'Comme le vieux chante, le jeune piaille' (représentant plusieurs générations chantant ensemble à table) — une image de la transmission entre générations qui dit quelque chose sur la vision populaire et festive de la société dans la Flandre du XVIIe siècle.
Analyse des émotions
Les tableaux de Jordaens ont une énergie physique particulière — ses figures sont massives, ses compositions sont denses, ses couleurs sont franches. C'est la peinture flamande dans son aspect le plus direct et le moins sophistiqué — une franchise qui peut être dérangeante après la légèreté vénitienne ou la délicatesse française.
Secrets & mystères
Jordaens est l'artiste flamand le plus méconnu du grand public proportionnellement à son importance dans l'histoire de l'art. Ses tableaux sont dans des dizaines de musées français (Rennes, Angers, Caen, etc.) — et pourtant son nom est peu connu des visiteurs occasionnels. Cette invisibilité dit quelque chose sur la hiérarchie des réputations dans l'histoire de l'art : Rubens et Van Dyck ont des noms de marque, Jordaens reste dans leur ombre.
Le saviez-vous ?
La coexistence de Rubens, Van Dyck et Jordaens dans la même ville d'Anvers pendant les années 1620–1641 est l'un des plus grands concentrations de talent dans l'histoire de l'art. Ces trois peintres se connaissaient, travaillaient parfois ensemble (Rubens et Jordaens collaborèrent sur plusieurs projets), se respectaient et se distinguaient nettement. Anvers en 1630 était ce que Florence avait été en 1490 : le centre de gravité artistique de l'Europe.
