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Intérieur de Le Corrège à Parme (Camera di San Paolo et coupole du Duomo)

Peinture

Le Corrège à Parme (Camera di San Paolo et coupole du Duomo)

Faire le puzzle de l'œuvre
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Devant l'œuvre

À Parme, le Corrège a laissé deux coupoles qui bouleversèrent l'art de peindre les cieux. Dans l'église San Giovanni Evangelista, il figure la Vision de saint Jean ; mais c'est surtout la coupole de la cathédrale, peinte entre 1526 et 1530, qui reste sa prouesse absolue : « l'Assomption de la Vierge ». Levant les yeux, le fidèle ne voit plus une voûte, mais un ciel ouvert : un immense tourbillon de nuages et de corps qui monte en spirale vers une lumière éblouissante, la Vierge emportée au centre parmi une nuée d'anges et d'élus. Le Corrège y pousse jusqu'au vertige l'art du raccourci vu de dessous, le « sotto in sù » : les figures, vues par en dessous, semblent flotter réellement au-dessus de nos têtes, jambes et bras jaillissant vers nous. Un siècle avant le baroque, il en invente, seul, tout le langage.

Symbolisme & lecture iconographique

L'Assomption est l'élévation de la Vierge, corps et âme, vers le ciel — et le Corrège en fait une expérience visuelle totale. La coupole cesse d'être une surface : elle se creuse en un gouffre de lumière, un tourbillon ascensionnel où l'humanité rachetée s'élève vers Dieu. La spirale des corps aspire le regard vers le haut, vers la clarté centrale, comme l'âme est aspirée vers le divin. La peinture ne raconte plus l'Assomption : elle la fait vivre, en dissolvant l'architecture réelle dans un ciel infini. C'est une théologie de la lumière et du mouvement, où l'illusion devient le moyen même de l'élévation spirituelle.

Analyse des émotions

On est pris de vertige, et c'est voulu. Lever les yeux vers cette coupole, c'est être happé par un mouvement irrésistible, une montée tourbillonnante qui emporte tout — nuages, anges, saints, la Vierge elle-même — dans un même élan de joie et de lumière. Il n'y a plus de haut ni de bas stables, seulement cette ascension. Le Corrège atteint là une émotion neuve : non plus la contemplation paisible, mais l'extase, l'enivrement des sens mis au service de la foi. On comprend que les peintres du baroque, un siècle plus tard, aient vu dans cette coupole la promesse de tout ce qu'ils allaient oser.

Secrets & mystères

L'audace du Corrège déconcerta ses contemporains. Un chanoine de la cathédrale, dit-on, jugea cet enchevêtrement de jambes et de corps vus en raccourci comme un « guazzetto di rane » — une fricassée de cuisses de grenouilles. L'insulte est restée célèbre, comme l'incompréhension devant le génie. Mais un autre jugement lui répondit : le grand Titien, passant à Parme, aurait déclaré que si l'on retournait la coupole pour l'emplir d'or, tout cet or ne suffirait pas à en payer le prix. Le temps donna raison à Titien : les décorateurs du baroque, de Lanfranc à Tiepolo, firent de cette coupole leur modèle, et le vertige du Corrège devint la grande ambition des plafonds d'Europe.

Le saviez-vous ?

« Une fricassée de grenouilles » : c'est par ce mot méprisant qu'un chanoine parmesan aurait accueilli l'Assomption du Corrège, dérouté par ces corps vus de dessous. La légende ajoute que le chapitre, mécontent, réduisit le paiement du peintre. Le Corrège serait mort peu après, pauvre et amer, sans savoir qu'il venait d'ouvrir la voie à deux siècles de coupoles peintes — et que son « guazzetto di rane » deviendrait l'un des plafonds les plus imités de toute l'histoire.