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Vue de Le Collegio del Cambio à Pérouse

Peinture

Le Collegio del Cambio à Pérouse

Faire le puzzle de l'œuvre
  • Intérieur de Le Collegio del Cambio à Pérouse
  • Vue de Le Collegio del Cambio à Pérouse
  • Vue de Le Collegio del Cambio à Pérouse

Devant l'œuvre

Au cœur de Pérouse, la salle d'audience du Collegio del Cambio — la corporation des changeurs de monnaie — abrite l'un des plus beaux ensembles de fresques de toute la Renaissance, peint par le Pérugin entre 1496 et 1500, au sommet de son art. Sur les murs et la voûte, le maître ombrien déploie un programme savant conçu par l'humaniste Francesco Maturanzio : sibylles et prophètes annonçant le Christ, héros et sages de l'Antiquité incarnant les vertus, et, aux places d'honneur, la Transfiguration et la Nativité. C'est une somme du savoir de la Renaissance, où la sagesse païenne et la révélation chrétienne se répondent dans une harmonie parfaite. On y voit aussi le Pérugin lui-même, en autoportrait encadré, fier de son œuvre. Le jeune Raphaël, son élève, travaillait alors à ses côtés : on cherche sa main dans certaines figures.

Symbolisme & lecture iconographique

Tout le programme repose sur une idée chère à la Renaissance : la sagesse antique préparait, sans le savoir, la vérité chrétienne. D'un côté, les sibylles et les prophètes de l'Ancien Testament, qui annoncèrent le Sauveur ; de l'autre, les héros et les sages de l'Antiquité — Caton, Numa, Fabius, Socrate —, groupés sous les Vertus cardinales, Force, Prudence, Justice, Tempérance. En face, le sacré : la Transfiguration du Christ et la Nativité. Le message est clair : les vertus des Anciens et la foi nouvelle forment une même chaîne, et l'homme accompli unit la culture antique et la grâce chrétienne. C'est le rêve humaniste de Pérouse peint sur les murs d'une banque.

Analyse des émotions

On entre dans cette salle comme dans un jardin de sérénité. Le Pérugin est le maître de la douceur : ses figures, élégantes et paisibles, se tiennent dans des paysages ombriens d'une clarté limpide, sous des ciels tendres. Rien de tourmenté ici, tout est mesure, grâce et calme — l'ordre d'un monde où la beauté et la sagesse règnent. Cette perfection tranquille, cette lumière égale, apaisent le regard : on comprend pourquoi le jeune Raphaël, formé dans cet atelier, gardera toute sa vie le sens de l'harmonie douce.

Secrets & mystères

Sur un pilastre, le Pérugin s'est peint lui-même, en buste, dans un cadre feint, avec une inscription latine d'une superbe assurance : elle proclame que si l'art de la peinture s'était perdu, il l'aurait retrouvé, et que s'il n'avait jamais existé, il l'aurait inventé. Rare exemple d'un artiste célébrant ainsi sa propre gloire au milieu de son œuvre. Autre mystère, plus doux : la présence du jeune Raphaël. Entre 1496 et 1500, l'adolescent d'Urbino était dans l'atelier du Pérugin ; les historiens scrutent les visages de ces fresques pour y déceler la première main du futur maître — sans certitude, mais avec l'émotion de chercher, ici, l'aube d'un génie.

Le saviez-vous ?

L'inscription que le Pérugin plaça sous son autoportrait — « si l'art de peindre avait disparu, lui l'aurait rendu au monde » — dit l'orgueil d'un homme au faîte de sa gloire. Vingt ans plus tard, la mode ayant changé, ce même Pérugin, jugé démodé face à son ancien élève Raphaël devenu le maître de Rome, verrait sa manière raillée. Les fresques du Change, elles, restèrent : la douceur qu'on lui reprocha fait aujourd'hui leur prix.