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L'Archange Gabriel / Saint Louis de Toulouse / Saint Antoine de Padoue, Antonio Vivarini

✦ Peinture ✦

L'Archange Gabriel / Saint Louis de Toulouse / Saint Antoine de Padoue

Antonio Vivarini

XVe siècle (v. 1440–1450)·Musée des Beaux-Arts de Tours
Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Ces trois panneaux de Vivarini sont des volets de polyptique démembré — des panneaux qui appartenaient à un grand retable dont les parties sont aujourd'hui dispersées. Antonio Vivarini, peintre de l'école vénitienne de la première moitié du XVe siècle, travaillait dans un style gothique tardif enrichi d'influences germaniques (son beau-frère Giovanni d'Alemagna était allemand). L'Archange Gabriel tient son lys, Saint Louis de Toulouse porte ses attributs franciscains et l'insigne royal qu'il a renoncé à porter, Saint Antoine de Padoue tient son lys et son livre. Trois panneaux d'une qualité picturale impeccable : le dessin préparatoire visible sous les couleurs claires des vêtements, le fond d'or poinçonné de motifs géométriques, la douceur des carnations.

Symbolisme & lecture iconographique

Saint Louis de Toulouse (1274–1297) est l'un des saints royaux les plus paradoxaux : prince angevin héritier du trône de Naples, il renonça à la couronne pour prendre l'habit franciscain. Il est représenté avec les deux symboles de ce paradoxe : la mitre épiscopale (il fut évêque de Toulouse) et les insignes royaux qu'il porta quelques instants avant de les donner. Saint Antoine de Padoue, franciscain lui aussi, est l'un des saints les plus vénérés de l'Italie — patron des objets perdus, thaumaturge, docteur de l'Église.

Analyse des émotions

Ces trois figures de saints hiératiques sur fond d'or provoquent une émotion de silence et de présence. Ce ne sont pas des personnages dans une action — ils sont. Leur immobilité n'est pas rigidité : c'est la permanence du divin, la stabilité de la sainteté. L'or derrière eux n'est pas un fond peint : c'est leur nature propre qui transperce la matière.

Secrets & mystères

Le dossier scientifique du musée de Tours sur Vivarini (2023) compare ces panneaux avec le Polyptyque de Pesaro (musées du Vatican) et d'autres œuvres de la même main — et conclut que ces panneaux de Tours proviennent probablement du même atelier que plusieurs autres retables venetiens de la même époque. La question de savoir à quel retable original ces panneaux appartenaient n'est pas résolue.

Le saviez-vous ?

La famille Vivarini — Antonio et son frère Bartolomeo, puis le fils de Bartolomeo, Alvise — domina la peinture vénitienne pendant trois générations (1440–1505) jusqu'à ce que Giovanni Bellini puis Giorgione et Titien les supplantent. Antonio Vivarini travailla avec son beau-frère Giovanni d'Alemagna à Venise, Padoue et Vérone — une collaboration féconde qui mêlait le gotique tardif vénitien et les influences germaniques.

Sources

  1. 1.Web Gallery of Art

Le peintre

👤

Antonio Vivarini

Murano, v.1418 – Venise, v.1480

Fondateur de la dynastie des Vivarini, peintres de Murano ; l'un des pères de la peinture vénitienne.

Rôle : peintre

Chef de l'atelier familial de Murano, Antonio Vivarini travaille d'abord avec son beau-frère Giovanni d'Alemagna, puis avec son frère Bartolomeo. Ensemble ils couvrent Venise et sa terre ferme de retables somptueux, où les fonds d'or et les cadres sculptés du gothique encadrent des figures d'une gravité nouvelle. Peu à peu, au contact de Mantegna et de l'école padouane, leur peinture gagne en volume et en perspective. La France conserve à Tours un de ses panneaux — l'archange Gabriel entre saint Louis de Toulouse et saint Antoine —, témoin de cet art de transition où la Venise médiévale s'apprête à devenir la Venise de la Renaissance.

Origine : Murano, Venise

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